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Rédigé par • 16 h 53 min• Badmington, Sport

Portrait/ Badminton : Kokou Yayrali Awuito, l’architecte infatigable

Titulaire d’une licence STAPS obtenue à l’INJS de l’Université de Lomé, d’un Master professionnel en développement culturel ,

Du premier titre national décroché à l’INJS de l’Université de Lomé en 2011 jusqu’aux bancs de touche continentaux, Kokou Yayrali Awuito a consacré sa vie au volant. Aujourd’hui Directeur Technique National (DTN) de la Fédération Togolaise de Badminton, enseignant d’EPS de formation, et formateur de formateurs à l’ENFPE, ce technicien passionné bâtit l’avenir de la discipline avec rigueur, méthode et une foi inébranlable en la jeunesse.

2010 : L’éclosion à l’Université de Lomé et le premier titre national

L’histoire entre Kokou Yayrali Awuito et le badminton s’amorce en 2010. Alors qu’il fait son entrée en première année à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports (INJS) de l’Université de Lomé, il découvre une discipline encore peu médiatisée, mais portée par une ferveur locale grandissante.

À cette époque, la capitale vit au rythme d’une rivalité sportive intense entre deux clubs phares : le club Rabac de Klikamé et le club ABC d’Ablogamé.

« C’était le Real Madrid et le Barça du badminton à Lomé ! », se rappelle-t-il avec un brin de nostalgie.

Sous les couleurs de Rabac le jeune pratiquant participe en 2011 au tout premier Championnat National unifié, réunissant des délégations venues de Dapaong, Sokodé, Kara et de l’ensemble du territoire.

Champion au 1er Championnat National de badminton 2011

Champion au 1er Championnat National de badminton 2011

Bien qu’il ne pratique que depuis un an, le débutant réalise un parcours parfait jusqu’en finale du simple hommes face au tenant du titre et favori d’Ablogamé. Au terme d’un duel tactique disputé, Yayrali Awuito bouscule la hiérarchie et s’impose.

« J’ai été sacré champion du Togo lors du tout premier vrai championnat national, face à des joueurs qui pratiquaient depuis des années. Immédiatement, les rêves ont commencé : on voulait tout de suite devenir champion du monde ! Cette médaille nationale a fait naître en nous une fierté et une énergie inoubliables. »

La forge du caractère : Du silence de Cotonou (2013) à la folie de Lomé (2014)

Si ses premiers succès renforcent ses ambitions, les compétitions internationales vont véritablement forger son mental de meneur. En 2013, nommé capitaine de la sélection pour une compétition amicale internationale à Cotonou face aux badistes béninois et à la communauté indienne, le revers est cinglant : le Togo rentre au pays sans la moindre médaille.

« Au retour de Cotonou à Lomé, le silence dans le bus était lourd, étouffant. Nous nous remettions profondément en cause. Le président feu Alégbéh Essofa a su toucher notre ego pour réveiller le champion qui dormait en chacun de nous. »

L’opportunité de la revanche se présente dès 2014 lors du match retour à Lomé. Au cours de la rencontre décisive par équipe face à des Béninois très confiants, le sort du match repose sur le double mixte qu’il dispute aux côtés de la jeune Ayeva Rania. Mené un set à zéro, le coach togolais prend alors une décision tactique audacieuse : demander à Yayrali Awuito de couvrir à lui seul la quasi-totalité du court, pendant que sa partenaire reste ancrée au filet.

« J’ai joué sur tout le terrain. Nous avons arraché le deuxième set, le doute s’est installé chez nos adversaires, et nous avons remporté le troisième set ainsi que la compétition par équipe. Ce jour-là, nous avons prouvé notre force de caractère. »

Internationaux de Cotonou de Badminton 2023

Internationaux de Cotonou de Badminton 2023

2018 : La retraite du joueur et le virage vers l’encadrement technique

Titulaire d’une licence STAPS obtenue à l’INJS de l’Université de Lomé, d’un Master professionnel en développement culturel , option paix, développement et citoyenneté obtenu à l’IRES-RDEC et d’un Master professionnel en sciences de l’éducation et de la formation, option : formaton des professeurs d’école normale à l’INSE de l’Université de Lomé;  cet enseignant d’EPS aujourd’hui formateur des formateurs à l’École Normale de Formation des Professeurs d’École (ENFPE)  comprend très tôt l’importance stratégique de la formation technique.

Dès 2012, il faisait partie de la toute première promotion de l’INJS à opter pour la spécialité badminton. Il enchaîne rapidement les diplômes : un brevet d’encadreur scolaire en 2013, puis le diplôme d’entraîneur Niveau 1 BWF (Fédération Mondiale de Badminton) obtenu avec succès à Cotonou en 2015.

Sur les terrains, il continue de concourir au plus haut niveau jusqu’en 2018. Cette année-là, lors des Internationaux de Cotonou, il décroche une brillante médaille de bronze en double hommes aux côtés de son coéquipier Eliassou Lamidi. Ce sera son dernier coup d’éclat comme compétiteur : il décide alors de ranger sa raquette pour se consacrer exclusivement à la formation de la relève.

Nommé Directeur Technique National par intérim en juin 2015, puis officialisé dans ses fonctions en 2016, Kokou Yayrali Awuito a vu sa mission reconduite par chaque bureau exécutif de la FETOBAD jusqu’à aujourd’hui. En 2019, il passe un cap majeur en obtenant son diplôme d’entraîneur Niveau 2 BWF au Congo- Brazzaville, qui représente actuellement le plus haut grade d’entraîneur délivré sur le continent africain.

« Il y a dix ans, nous étions très peu de techniciens formés. Aujourd’hui, sous notre impulsion, la fédération compte plus de 30 entraîneurs Niveau 1 certifiés par la fédération internationale et 3 entraîneurs Niveau 2. Le niveau global de nos cadres et de nos jeunes joueurs a franchi un palier considérable. »

Formation des Enseignants au programme Badminton à l'école à Aného 2025

Formation des Enseignants au programme Badminton à l’école à Aného 2025

Détecter à la base et relever le défi des infrastructures

Pour le Directeur Technique National, qui enseigne également les sports de raquette à l’INJS depuis 2017, la pérennité du badminton passe par son ancrage dans le milieu scolaire et universitaire.

« On ne peut pas construire un immeuble de plusieurs étages sur une base fragile. Il faut renforcer l’encadrement de base, savoir détecter le potentiel chez un enfant et organiser des recyclages réguliers pour les entraîneurs. »

Si la Fédération Togolaise de Badminton est désormais représentée dans toutes les régions du Togo, le DTN ne masque pas le principal obstacle logistique auquel fait face la discipline : l’absence de gymnases dédiés.

« Le badminton est un sport de salle par excellence. Au Togo, nous avons un vrai problème d’infrastructures. Pour rivaliser au niveau régional et international, la pratique en salle est une nécessité absolue », rappelle-t-il, et lance un appel aux partenaires publics et privés.

Jeux Africains Accra 2024

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Un message de rigueur et de transmission pour la jeunesse

Observant avec fierté l’esprit de famille et la solidarité qui règnent au sein des sélections nationales juniors et seniors, Kokou Yayrali Awuito voit en cette nouvelle génération la certitude que la relève est entre de bonnes mains.

À tous les jeunes qui ambitionnent de suivre ses pas, le patron technique du badminton togolais adresse un message clair :

« Ayez l’amour du travail bien fait et l’amour du sacrifice. Fixez-vous des objectifs clairs et cherchez toujours les moyens de les atteindre, peu importe les conditions. Ne voyez jamais ce travail comme une tâche faite pour autrui, mais comme un investissement sur vous-même. Venez essayer le badminton : c’est un sport pour la vie ! »

Porté par cette rigueur professionnelle et cette passion communicative, Kokou Yayrali Awuito continue de tracer la voie, convaincu que le meilleur reste à venir pour le badminton togolais.

Propos recueillis et retranscrits par E.V.

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