Autorisation de la HAAC No 0025/HAAC/12-2020/pl/P

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Editorial/ Jeunesse et produits nocifs : « Essaie, ça fait du bien… » l’illusion qui met la jeunesse en danger

L’école et les structures de jeunesse ont aussi un rôle déterminant. La prévention doit être régulière et adaptée aux réalités du terrain

Dans nos quartiers, certaines scènes finissent par ne plus surprendre. Un jeune fume, un autre avale un comprimé, tandis que des produits dont on ignore parfois la composition circulent discrètement.

Tout peut commencer par une phrase banale : « Essaie, ça fait du bien, ça ne fait pas de mal. » Pourtant, cette incitation peut pousser certains jeunes à expérimenter des produits dont ils ignorent les effets et les risques, jusqu’à en faire une habitude.

Cette banalisation doit nous interpeller. La consommation de produits nocifs chez les jeunes ne concerne pas seulement ceux qui les utilisent. Elle engage les familles, l’école, les professionnels de santé, les autorités et toute la communauté. Informer, dialoguer et prévenir restent essentiels pour éviter qu’un simple « essaie » ne devienne le début d’un problème plus grave.

Quand le danger devient ordinaire

Le véritable problème commence lorsque le risque cesse de nous inquiéter. À force de voir certains produits circuler ou des jeunes les consommer, la pratique peut progressivement paraître normale. La curiosité s’installe, l’influence du groupe s’exerce et l’expérimentation devient plus facile. Pour certains, il peut s’agir d’une volonté de suivre les autres ; pour d’autres, d’une manière de fuir momentanément des difficultés personnelles ou un mal-être.

Mais attention aux jugements rapides. Un jeune qui consomme n’est pas automatiquement dépendant, et un changement de comportement ne constitue pas, à lui seul, une preuve de consommation. C’est pourquoi la prévention doit reposer sur l’information, l’écoute et l’accompagnement plutôt que sur la stigmatisation.

Tabac, nicotine, cannabis, substances illicites ou médicaments détournés de leur usage médical (notamment le tramadol, la codéine ou certaines benzodiazépines) présentent des risques majeurs. Chez les adolescents, dont le développement cérébral est en cours, ces consommations affectent l’attention, la mémoire et la capacité de décision, tout en provoquant décrochage scolaire, conflits familiaux ou isolement. Attendre ces conséquences pour réagir, c’est intervenir trop tard.

Le dialogue et la prévention avant tout

La famille reste l’un des premiers remparts. Protecteur ne veut pas dire uniquement surveillant : il faut pouvoir parler et, surtout, écouter. Un adolescent qui devient soudainement distant ou dont les résultats chutent traverse peut-être une épreuve. Le parent doit chercher à comprendre avant de sanctionner. Écouter n’est pas excuser ; c’est se donner les moyens d’agir. Si la consommation est avérée, l’aide d’un professionnel vaut mieux qu’une humiliation qui enfermerait le jeune dans le silence.

L’école et les structures de jeunesse ont aussi un rôle déterminant. La prévention doit être régulière et adaptée aux réalités du terrain : apprendre à résister à la pression du groupe, faire le tri entre fausses promesses et informations fiables, mais aussi proposer des alternatives. Le sport, la culture, la formation ou l’engagement associatif offrent des espaces d’expression et de construction. Dire à un jeune ce qu’il ne doit pas faire est nécessaire ; lui montrer ce qu’il peut devenir est encore plus important.

Une responsabilité collective

Les pouvoirs publics et la communauté ont leur part de responsabilité. La répression seule ne suffira pas face à la circulation des substances : il faut agir sur l’offre, l’information et l’accompagnement. Dans les quartiers, chacun peut contribuer un parent en ouvrant le dialogue, un enseignant en restant attentif, un voisin en signalant une situation sans transformer un soupçon en accusation. La vigilance ne doit jamais devenir une chasse aux jeunes. Un comportement ou une rumeur ne prouvent rien, et il convient d’agir sans exposer ni humilier.

Ce que nous voyons dans nos quartiers doit nous pousser à agir. La jeunesse a besoin de règles, d’écoute, d’information et de perspectives. Le défi n’est pas seulement d’empêcher de consommer, mais de bâtir un environnement qui donne moins de raisons de chercher refuge dans des produits dangereux. Parents, éducateurs, soignants, autorités et citoyens : ne banalisons pas, ne stigmatisons pas, n’attendons pas le drame. Prévenons, dialoguons et agissons pour protéger notre jeunesse et préparer une société plus saine.

E.V.                               

Image générée par I.A

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