La fête du football africain s’est achevée ce dimanche 18 janvier 2026 au Maroc, au terme d’une Coupe d’Afrique des Nations 2025 riche en symboles et en enseignements. Le Sénégal y a été sacré champion d’Afrique pour la deuxième fois de son histoire, après 2022, en dominant le pays hôte, le Maroc, en finale (1-0). Un but décisif de Pape Gueye, un leadership assumé de Sadio Mané, et cette vérité éternelle du football confirmée une fois de plus : une finale ne se joue pas, elle se gagne. Le Maroc termine vice-champion, tandis que le Nigeria complète le podium.
Mais au-delà du palmarès, cette CAN 2025 restera comme celle d’un tournant historique : celui de la reconnaissance pleine et entière des sélectionneurs africains.
La fin du complexe du « sauveur venu d’ailleurs »
Pendant des décennies, le football africain a douté de lui-même. À chaque revers, la solution semblait devoir venir de l’extérieur. On faisait appel à des techniciens étrangers, auréolés d’un prestige supposé, comme s’ils détenaient un savoir inaccessible aux fils du continent. Le mythe du « sorcier blanc » a longtemps dicté les choix, souvent au détriment de la stabilité, de la compréhension culturelle et de l’identité de jeu.
La CAN Maroc 2025 est venue briser ce schéma. Le dernier carré était dirigé exclusivement par des sélectionneurs africains : Pape Thiaw (Sénégal), Walid Regragui (Maroc), Hossam Hassan (Égypte) et Éric Sékou Chelle, sélectionneur du Nigeria. Aucun technicien venu d’ailleurs, aucun « sauveur importé ». Juste des hommes du continent, porteurs d’une vision, d’une culture et d’une compréhension intime du football africain.
La compétence n’a jamais manqué, seule la confiance faisait défaut
Ce qui frappe dans cette édition, ce n’est pas seulement la présence de ces techniciens africains au plus haut niveau, mais leur légitimité. Aucun n’était en sursis, ni un choix par défaut. Ils ont décidé, assumé et imposé leurs idées. Le banc africain n’est plus un laboratoire d’expérimentation : il est devenu un centre de commandement.
Cette évolution met en lumière une vérité parfois dérangeante : le problème n’a jamais été le manque de compétences locales, mais le manque de confiance accordée à celles-ci. Aujourd’hui, les résultats parlent, et ils forcent le respect.
Pape Thiaw, symbole d’une Afrique qui gagne par elle-même
Cette CAN consacre surtout Pape Bouna Thiaw, sélectionneur du Sénégal. À 44 ans, l’ancien international sénégalais entre dans l’histoire en réalisant un exploit inédit : remporter le CHAN 2022, puis enchaîner avec la CAN 2025. Jamais un sélectionneur africain n’avait réussi un tel doublé.
Nommé en décembre 2024 après la fin de l’ère Aliou Cissé, Thiaw a rapidement imposé sa patte : jeu offensif, pressing intense, discipline tactique et cohésion collective. La victoire contre l’Égypte en demi-finale, puis le sacre face au Maroc, ont confirmé la maturité de son projet.
Ce succès n’est pas seulement sénégalais. Il résonne dans toute l’Afrique de l’Ouest, et bien au-delà. Cette fois, ce n’est pas un entraîneur venu d’ailleurs qui a soulevé le trophée. C’est un fils du continent, pleinement conscient de ce qu’il représente.
Un message aux dirigeants africains
Ni Patrice Beaumelle, Gernot Rohr, Sébastien Desabre, Vladimir Petkovic ne figuraient dans le dernier carré. Ce sont des Africains qui ont porté leurs nations au sommet, parce qu’ils en comprennent l’histoire, les attentes et les réalités.
Le message est limpide pour les fédérations : faites confiance, investissez, donnez du temps et de la stabilité à vos sélectionneurs locaux. Ils façonneront des équipes compétitives, identitaires et ambitieuses.
La route continue
La CAN 2025 est terminée, mais la Coupe du monde se profile avec l’obligation de continuité et de cohérence. Le football africain est à un moment clé de son histoire. En dépit de ses progrès, des compétences désormais avérées de ses techniciens, de ses infrastructures dignes des standards internationaux, elle a encore tout à prouver, notamment au niveau de l’arbitrage.
Un jour viendra où il sera naturel de dire d’une sélection africaine : elle est dirigée par un sélectionneur africain. Ce jour-là, l’Afrique n’aura plus peur de l’image que lui renvoie son miroir.
La CAN 2025 n’a pas tout réglé. Mais elle a posé une certitude : l’Afrique peut se diriger elle-même, et gagner.
E.V.
Crédit photo : D.R
