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Rédigé par 12 h 01 min Sport

Éditorial / Sport/ Togo : Comment et que faire pour exister ?

« Nous aussi, on aimerait représenter le pays. On s’entraîne dur, mais on ne sait pas quand notre chance viendra. » Et un autre d’ajouter : « On donne tout, mais parfois on a l’impression que les places sont déjà prises. » Un troisième résume un sentiment fréquent : « Je n’ai plus eu d’opportunités. Pourtant, je suis prêt. »

Dans toutes les disciplines sportives, il y a des hommes et des femmes qui s’entraînent, souffrent, progressent et espèrent. Pourtant, tous ne vivent pas les mêmes opportunités.

Dans l’imaginaire collectif, le sportif est un symbole, celui qui porte les couleurs nationales, qui fait vibrer un public, qui ramène des médailles ou des victoires. Mais dans la réalité quotidienne, beaucoup restent invisibles, malgré leur travail, leur discipline et leur engagement.

La sélection : entre élite et oubli silencieux

Dans les sélections togolaises et les compétitions internationales, force est de constater qu’on retrouve toujours les mêmes noms. Parfois, de nouveaux visages apparaissent mais c’est un épiphénomène, surtout dans les sports individuels. Le constat est souvent le même on met l’accent sur les anciens, tandis que ceux qui ont déjà eu une ou deux sélections restent peu considérés, voire oubliés.

Officiellement, il s’agit de choisir “les meilleurs” et de produire une bonne performance. Mais une question importante se pose : les meilleurs aujourd’hui sont-ils les seuls à pouvoir exister demain ?

Car pendant que les uns enchaînent les convocations, les autres restent dans l’ombre. Certains progressent sans jamais être testés au niveau supérieur. D’autres disparaissent même du système sans explication claire. Le problème relève-t-il uniquement de la performance ou de la gestion des carrières sportives et dans la capacité des structures à renouveler leurs effectifs ?

La question est de savoir s’il s’agit seulement d’un problème de performance ou aussi de gestion des carrières sportives et de capacité des structures à renouveler leurs effectifs.

Quand les sportifs togolais parlent : espoirs et réalités

Derrière les performances, il y a des voix humaines. Un jeune sportif exprimait simplement :

« Nous aussi, on aimerait représenter le pays. On s’entraîne dur, mais on ne sait pas quand notre chance viendra. » Et un autre d’ajouter : « On donne tout, mais parfois on a l’impression que les places sont déjà prises. » Un troisième résume un sentiment fréquent : « Je n’ai plus eu d’opportunités. Pourtant, je suis prêt. »

Il ne s’agit pas uniquement de frustrations, mais de désir de reconnaissance, de besoin d’équité et de compréhension également. Le problème ne se limite pas à la sélection. Il est surtout structurel.

Comment un athlète passe-t-il : du niveau local au niveau national, du niveau national à l’international, ou de jeune talent à athlète confirmé ? ailleurs il y a les pôles espoirs, les sports études, etc…qu’avons-nous à proposer ici ?

Dans beaucoup de cas, ce chemin n’est pas clair, ou pas accessible à tous. Or, dans les systèmes sportifs modernes, une idée essentielle domine : un athlète n’est pas seulement sélectionné, il est construit.

Sans accompagnement, sans exposition progressive, sans rotation et sans continuité, beaucoup de talents restent bloqués à mi-chemin, malgré leur potentiel.

Le danger des systèmes fermés

Lorsque les mêmes athlètes sont constamment sélectionnés sans véritable renouvellement, plusieurs risques apparaissent : baisse de la concurrence interne, démotivation des jeunes sportifs, stagnation des performances globales et perte de dynamisme au sein des équipes.

C’est notamment le cas du football, qui ne vit d’ailleurs plus ses grandes heures depuis l’époque du Dr Kaolo dans les années 70, puis celle d’Emmanuel Adebayor, Kader Coubadja et d’autres dans les années 2000. Cette situation s’explique notamment par le manque de formation, une mauvaise sélection des nouveaux viviers, une mauvaise gestion des talents, un réveil tardif et un manque de confiance, ainsi que par l’insuffisance de production de talents pour tous les postes. Cela a conduit inexorablement à la fragilisation du football togolais, aujourd’hui en manque de repères.

Le sport, par nature, est mouvement, compétition, évolution et surprise. Lorsqu’il devient statique, il perd une partie de son essence.

Alors que faire ? que diriez-vous de (i) mettre en place des sélections hybrides et évolutives, (ii) instaurer un système de rotation obligatoire, (iii) créer un parcours de développement (officiel), (iv) renforcer la transparence des critères de sélection, (v) transformer les anciens athlètes en ressources du système, (vi) organiser et renforcer des compétitions de détection régulières.

La vraie question n’est donc pas seulement : qui est le meilleur athlète aujourd’hui ?
Mais plutôt : combien d’athlètes auraient pu devenir meilleurs s’ils avaient eu leur chance ? car le sport ne devrait pas être un cercle fermé, mais un système vivant et aussi parce qu’un sport fort n’est pas celui qui garde les mêmes noms le plus longtemps… mais celui qui permet à chaque talent d’avoir une vraie chance d’exister, et d’éviter qu’un jour on dise qu’il n’y a plus de talents, alors que des générations entières ont été sacrifiées.

E.V.

Image générée par IA.

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