Autorisation de la HAAC No 0025/HAAC/12-2020/pl/P

Rédigé par 14 h 43 min Basketball, Sport

Basketball / Togo – Casimir Agbogbe : « Aujourd’hui, le sport est donc reconnu comme une industrie qui contribue au développement de l’homme et de l’économie nationale. »

Suite et fin de l’entretien accordé à Ahouevi info par Casimir Kokou Agbogbe (AKC), ancien international de Handball et de basketball du Togo.

Ahouevi : Quels sont les moments qui vous ont plus marqué, dans votre carrière ?

AKC : Les moments forts sont nombreux mais je n’en donne ici qu’un échantillon par discipline. La Finale des Eliminatoires de la Zone 4 pour le 6ème Championnat d’Afrique de Basketball Masculin où le Togo a ravi la Coupe au Nigéria, pays organisateur, à Lagos, en décembre 1970. La victoire surprise mais méritée de l’Equipe de Handball du Togo sur le Cameroun, favori aux 2èmes Jeux Africains de Lagos, en 1973. Enfin, La signature de la Convention de Partenariat entre les Amicales et Associations des Anciennes Basketteuses et Anciens Basketteurs des Pays du Conseil de l’Entente “COPABACE”, le 19 mai 2002, à Cotonou, Bénin, entre le BENIN, le BURKINA FASO, la COTE D’IVOIRE, le NIGER et le TOGO avec, entre autres, les nobles objectifs de : (i) encourager et perpétuer la pratique du sport de maintenance par les vétérans, (ii) mobiliser et contribuer à une meilleure organisation des anciennes basketteuses et anciens basketteurs, dans tous les pays du Conseil de l’Entente et (iii) contribuer à la promotion du basket-ball au sein de ces pays. Le rôle du Togo avait été déterminant dans la signature et la mise en œuvre de cette convention qui a permis de perpétuer le brassage de plusieurs vieilles gloires, à travers des tournois périodiques.

Ahouevi : Sans doute aussi des moments de déception ?

AKC : Les déceptions sont également nombreuses mais ici aussi je me limite à trois constats, à savoir :

  • L’amère défaite que notre équipe avait subie face à la République Centrafricaine, en Quart de Finale du 6ème Championnat d’Afrique de Basketball, à Dakar : quelques minutes avant le coup de sifflet final, nous menions d’un point mais nous n’avions pas su préserver cette avance.
  • La cuisante défaite de notre équipe face à la Côte d’Ivoire en match amical à Abidjan en 1971.
  • Le 3ème n’est pas seulement une déception mais c’est le fait que le COVID-19 ait mis aux arrêts, depuis pratiquement un an, l’activité sportive qui participe également au renforcement de l’immunité de nous, les personnes âgées.

Ahouevi : Votre regard sur les sports en général au Togo ?

AKC : Ce regard porte sur quelques problèmes structurels qui handicapent la pratique du sport de haut niveau et qui méritent, une attention particulière de tout le monde. (i) L’état des infrastructures, (ii) la qualité de l’encadrement et (iii) l’absence de couverture  sociale ne permettent pas au jeune de vider  ses tripes et de tout donner, quand il est sur une aire de jeu :

  • L’encadrement, qui doit être à la fois matériel, financier, technique et moral, est rarement à la hauteur de l’effort exigé du sportif qui ne devrait pas avoir des problèmes, dans ces domaines
  • La qualité des infrastructures sportives sont de loin en deçà des normes internationales. Les disciplines de main (basket, hand, volley…) sont un exemple édifiant : les compétitions y ont lieu, aujourd’hui, dans tous les pays de la sous-région, en salle couverte et sur parquet adapté. Ce qui fait encore défaut chez nous : comment rivaliser avec ces pays, dans ces disciplines ?
  • Rares sont les sportifs togolais qui disposent de plan de carrière et de couverture sociale pour leurs vieux jo Quand une vieille gloire devient un cas social, çà n’incite pas les jeunes à la pratique du sport de compétition.

Le Plan National de Développement (PND) 2018-2022 reconnaît que : “Le secteur des sports et des loisirs est marqué par l’insuffisance d’infrastructures et d’équipements de normes internationales pour le sport à la base, pour tous, de masse, de haut niveau et les loisirs sains. Le manque de ressources humaines qualifiées, des investissements ainsi que de l’organisation des activités de loisirs constituent également un handicap pour permettre aux sports et loisirs de jouer leurs rôles de vecteurs de cohésion sociale et de maintien de la santé.”

Selon l’Effet attendu 15 du PND, “Les activités sportives et des loisirs contribuent à la croissance économique et à l’épanouissement du citoyen”. Il porte sur la réforme du secteur à travers la mise en place de cadre favorable à la consolidation d’un sport de haut niveau compétitif et performant et à la promotion des loisirs. Cette réforme fera du sport et des loisirs non seulement des secteurs de promotion de la santé publique, éducation, épanouissement, culture et intégration sociale, économique et politique sur les plans national, régional, continental et international, mais aussi des secteurs pourvoyeurs de richesses et d’emplois. Elle se traduira, entre autres, par : (i) le renforcement des infrastructures modernes adaptées aux compétitions sportives internationales et à la pratique des activités de loisirs, (ii) le renforcement des capacités de pilotage et de gestion du secteur, (iii) la diversification de la pratique des activités sportives et (iv) le développement des chaînes de valeurs sportives (Extraits des pages 51 et 105 du PND).

Aujourd’hui, le sport est donc reconnu comme une industrie qui contribue au développement de l’homme et de l’économie nationale. On parle déjà d’économie sportive et de business sportif. Dans un pays qui est devenu un des champions en matière de réformes d’amélioration du climat des affaires, les fédérations sportives doivent rechercher l’extension de ces réformes à leurs disciplines respectives pour le financement et la rentabilisation des infrastructures sportives en vue de la promotion du sport au Togo.

Ahouevi : Le mot de la fin ?

AKC : Mon mot de fin est un simple questionnement qui turlupine certainement tout le monde sportif : Il y a des décennies, le foot togolais était craint : en 1958, l’Etoile Filante avait même remporté, à Dakar, le Trophée qui porte aujourd’hui, le nom de la Coupe d’Afrique des Clubs Champions. Dans les années 1970/1980, les disciplines de main (basket, hand, volley) du Continent Africain ont été marquées des sceaux indélébiles de plusieurs formations togolaises.

Pourquoi, toute cette dynamique s’est estompée, à telle enseigne que des pays, qui avaient une peur bleue du Togo, arrivent aujourd’hui à le terrasser et parfois à l’écraser sportivement ? Je crois que cette question appelle une réflexion approfondie et une idoine réponse collective.

Permettez-moi de revenir sur le mode de vie, la santé et la couverture sociale des sportifs togolais pour souhaiter vivement, si ce n’est déjà fait, à chaque club de tout mettre en œuvre pour assurer ses membres aussi bien les joueurs que les dirigeants : vous comprenez combien c’est important.

Enfin, je veux dire que le sportif pose, des pieds ou des mains, des actes qui marquent l’histoire de son pays. Il lui arrive de le faire à l’international, en défendant l’honneur et le drapeau et en faisant résonner l’hymne de son pays. Ces prouesses et performances du Togo doivent être connues des enfants de demain : il est temps de commencer d’écrire l’histoire du sport au Togo./.

Propos recueillis par PatDogb et retranscrits par Tony Dee.

 

 

 

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