Dans un pays où les athlètes féminines peinent souvent à exister, la Togolaise Germaine Sofonké Eklou fait figure d’exception. À 28 ans, la ceinture noire 3e dan Kukkiwon incarne la résilience du taekwondo féminin togolais. Entre blessures, sacrifices et victoires, elle poursuit un rêve : représenter le Togo sur la scène olympique.
Lisez plutôt son histoire…
Une passion née dans une cour de quartier
C’est en 2012, dans le quartier d’Agoè Koffi Panou, que tout commence. À 16 ans, Germaine découvre le taekwondo grâce à un voisin. Séduite par l’intensité de la discipline, elle s’y engage malgré le manque d’infrastructures.
« Il m’a présenté cette discipline, ce qui m’a poussée à l’essayer… », explique-t-elle.
Sans salle ni tatami, elle s’entraîne dans une cour, encadrée par Maître Kader, ceinture noire 5e dan. Les conditions sont rudimentaires, mais la détermination est là.
Des débuts prometteurs sur la scène régionale
Progressivement, les résultats viennent confirmer son potentiel. En août 2013, elle s’impose avec l’or à l’Open du Bénin, avant de décrocher une médaille d’argent au championnat national deux mois plus tard.
Dès 2014, elle monte en puissance. Elle triomphe à l’Open du Burkina Faso et devient championne du Togo, un titre qu’elle conserve en 2015. Naturellement, elle intègre l’équipe nationale.
Déterminée, Sofonké Eklou effectue un stage intensif de trois semaines en Côte d’Ivoire sous la houlette de Maître Tadjou Attada, en préparation du tournoi de qualification pour les Jeux de Rio.
« J’ai donné le meilleur de moi-même durant ce stage, sans relâche. » a-t-elle rappelé.
Malheureusement, en quart de finale au Maroc, une fracture de la main droite l’oblige à abandonner. Une immense déception, mais un résultat honorable.
« Cette année, avec tous mes efforts fournis, le Togo est classé 8e sur le plan africain. », a déclaré la taekwondoïne Germaine Sofonké Eklu.
Par la suite, des blessures, mais une volonté intacte
Malgré ce coup dur, elle revient en 2017 avec une médaille d’argent à l’Open international du Ghana. Puis, elle enchaîne les tournois : Niger, Sénégal, Maroc, Burkina Faso… Son niveau se stabilise, son nom circule.
« Ces compétitions m’ont permis d’atteindre un niveau international que beaucoup de filles n’ont pas dans nos pays. »
Mais en 2019, une nouvelle blessure au coude cette fois nécessite une opération. Le manque de soins et de soutien sportif l’oblige à ralentir.
« L’absence de stages, d’équipements, de moyens… tout cela m’a ralentie. Mais je suis restée déterminée. »
Au-delà de ses performances, Germaine milite pour une meilleure valorisation des sportives togolaises.
« La femme taekwondoïne n’est pas valorisée au Togo, ni pour ce qu’elle est, ni pour son niveau », déplore-t-elle.
Elle vise l’excellence …
Actuellement, elle continue de s’entraîner et ambitionne de participer à davantage de stages internationaux pour affiner sa technique et intégrer les plus grandes compétitions.
« Mon rêve, c’est de participer aux grandes compétitions mondiales et d’être parmi les meilleures. Je veux récolter le fruit de mon travail pour ma nation.»
Volontairement, Germaine utilise sa voix pour inspirer la nouvelle génération, en particulier les jeunes filles.
« Persévérez. Ne vous laissez pas intimider. Vous avez le droit de rêver grand. »
Avant de conclure avec humilité :
« Merci au Média Ahouevi. À tous ceux qui me lisent, je suis votre championne. Soutenez-moi, et ensemble, nous irons loin. »
Propos recueillis et retranscrits par E.V

