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Rédigé par 10 h 45 min Média, Sport

Sport / Journalisme – Accréditations sportives : quand le marketing confond « influence » et passion

rendez les stylos aux journalistes, laissez les caméras aux créateurs passionnés, et renvoyez les chasseurs de selfies

On connaissait la diplomatie du ping-pong, voici venu le temps de la géopolitique du « Reel ». Lors des récentes compétitions internationales, des parquets de l’Euroligue, de l’Afrobasket à ceux des mondiaux de Volleyball, de Handball et aux pelouses des CAN, des Euro ou des Mondiaux de football, un vent de grogne légitime a secoué les tribunes de presse. Des journalistes chevronnés, cartes de presse en main et décennies de suivi au compteur, se sont vus refuser leurs accréditations. Pourquoi ? Des quotas d’accréditations drastiquement revus à la baisse pour faire de la place aux « créateurs de contenus » et autres influenceurs.

Cette transition numérique, menée à marche forcée par les instances dirigeantes, pose une question fondamentale : sait-on encore, dans les bureaux du marketing sportif, ce qu’est un passeur de passion ?

L’erreur de casting : de l’expert à l’opportuniste

Le problème ne réside pas dans l’ouverture des tribunes aux nouveaux médias. Le paysage a changé, et le sport doit vivre avec son temps. La dérive actuelle tient plutôt à une profonde erreur de casting commise par les organisateurs. Aveuglés par les chiffres de « portée » et le nombre d’abonnés, les directeurs de communication des fédérations ou instances faitières font un amalgame grossier en mettant dans le même sac deux profils que tout oppose.

D’un côté, il y a la nouvelle génération de « créateurs de contenus spécialisés ». Qu’ils soient podcasteurs, vidéastes ou analystes sur YouTube et TikTok, ces passionnés font un travail remarquable de vulgarisation. Ils décortiquent les tactiques d’Euroligue, des Afrobasket, racontent l’histoire du handball avec une énergie neuve et ramènent un public jeune vers les salles. Ces créateurs-là sont des alliés précieux pour le sport.

De l’autre, on trouve « l’influenceur généraliste ou « lifestyle », parachuté au bord du terrain par une marque ou une agence. Pour lui, le match n’est pas un événement à raconter, mais un simple décor « instagrammable ». On ne filme pas le système de jeu ou l’intensité du money-time ; on se filme soi-même, un hot-dog à la main, dans la loge VIP.

Le sacrifice du journalisme sur l’autel du divertissement lissé

C’est ici que le bât blesse : en réduisant les places de la presse traditionnelle, les instances ne favorisent pas les nouveaux passionnés du web, elles privilégient trop souvent les influenceurs de l’instant au détriment des journalistes professionnels. Or, la différence de traitement est abyssale.

Le journaliste et le créateur spécialisé apportent la substance : ils connaissent les joueurs, posent les questions tactiques qui fâchent, analysent la défaite et respectent l’éthique du jeu.

L’influenceur de passage cherche la connivence : il valide le storytelling officiel de l’organisateur, cherche le selfie avec la star et propose un contenu aseptisé, dénué de tout esprit critique.

En chassant les journalistes pour offrir des sièges à des panneaux publicitaires humains, les instances s’achètent une paix royale et un récit sur mesure, où la défaite n’est qu’une transition vidéo dynamique.

Pour une cohabitation intelligente

Vouloir opposer de manière stérile les « anciens » et les « modernes » serait une erreur. Le journalisme de terrain et la création de contenus passionnée ont tout pour cohabiter. Ils forment un écosystème complémentaire : le premier apporte la rigueur, l’investigation et le contre-pouvoir nécessaires à la crédibilité du sport ; le second apporte la fraîcheur, le format court et l’interactivité.

En revanche, exclure la presse pour séduire des influenceurs volatiles qui seront le lendemain ailleurs (dans un défilé de mode ou un festival à l’autre bout du monde) est un calcul à court terme. Le public fidèle, celui qui achète des abonnements et fait vivre les clubs, a besoin de fond, de débat et d’analyse.

Il est grand temps que les instances faîtières internationales trient leurs invités : rendez les stylos aux journalistes, laissez les caméras aux créateurs passionnés, et renvoyez les chasseurs de selfies à leurs filtres Instagram.

Tony DEE.

Image générée par IA

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