Du campus universitaire de Kara aux pistes internationales, Tchao Essohanam Gabin s’impose comme l’un des espoirs du para-athlétisme togolais. Champion national paralympique 2025 en catégorie T47, ce spécialiste du sprint et du saut en longueur a construit son parcours étape par étape, surmontant blessures et doutes pour s’imposer au plus haut niveau.
Une rencontre fortuite avec le para-sport
Rien ne destinait Tchao Essohanam Gabin à une carrière athlétique dès l’enfance. C’est à l’hôpital qu’il entend parler pour la première fois du sport paralympique, un univers dont il ignore alors tout.
« Le monsieur m’a parlé du sport paralympique… Je ne connaissais pas du tout », confie-t-il.
Orienté dans un premier temps vers le lancer du javelot sans réel déclic, sa trajectoire bascule plus tard sur le campus de Kara. On lui propose alors de tester la piste. Son premier essai sur 100 mètres s’avère déterminant :
« Il m’a demandé de courir le 100 mètres… J’ai essayé, et j’ai commencé les entraînements. »
Ce premier contact marque le début d’un engagement rigoureux.

2022–2023 : L’apprentissage et l’épreuve du haut niveau
Repéré en 2022, l’athlète intègre une structure d’entraînement et découvre les exigences du haut niveau : discipline quotidienne, rigueur et régularité.
En 2023, il honore sa première sélection internationale lors des Jeux de la Francophonie à Kinshasa. Perturbé par une blessure, il ne peut défendre pleinement ses chances :
« À Kinshasa, j’étais blessé. Je n’ai pas pu vraiment montrer ce que je valais. »
Malgré la déception, cette compétition agit comme un révélateur sur la gestion physique et la résilience nécessaires à ce niveau.
2024 : Reconstruction et confirmation nationale
Après cette épreuve, l’année 2024 est consacrée à la reprise progressive et au renforcement physique. Ce travail méthodique porte ses fruits sur la scène nationale, où il aligne les performances :
- Victoire sur 100 mètres
- Victoire sur 200 mètres
- Deuxième place au saut en longueur
2025 : L’affirmation parmi l’élite
En 2025, le sprinteur franchit un nouveau cap. Il se confronte notamment aux athlètes valides lors de compétitions nationales, une expérience exigeante sur les plans physique et mental :
« J’ai couru avec les valides… J’ai atteint la finale du 100 mètres. »
Son statut se confirme définitivement lors des Jeux nationaux paralympiques 2025, où il décroche deux médailles d’or dans ses disciplines de prédilection.
2026 : Le cap international
Ses titres nationaux lui ouvrent les portes de la sélection pour le Grand Prix international de para-athlétisme de Tunis en 2026. À l’approche de cette échéance internationale, l’athlète aborde la compétition avec pragmatisme :
« Sur 100 mètres, ton seul adversaire, c’est le temps. »
Un quotidien marqué par les défis de la discipline
Comme beaucoup de para-athlètes, Tchao Essohanam Gabin évolue dans un contexte exigeant, caractérisé par des moyens matériels limités et un encadrement restreint. À cela s’ajoute la constante menace des pépins physiques, véritables freins à la progression :
« Une blessure pour un athlète, c’est comme un militaire qui perd son arme. »

Tchao Essohanam Gabin et Abdul-Fahd Fofana, le ministre délégué chargé de la Jeunesse et des Sports
Ambitions et transmission
Pour la suite de sa carrière, le sprinteur togolais vise l’expatriation pour franchir un palier technique :
« Mon objectif est d’aller me former à l’extérieur pour revenir plus fort. »
Au-delà des résultats chronométriques, il souhaite mettre son parcours au service des jeunes en situation de handicap :
« Le handicap n’est ni un frein ni une faiblesse. Lancez-vous sans peur dans vos projets, malgré le regard des autres. Vous êtes capables d’accomplir ce que beaucoup n’osent même pas tenter. »
De l’université de Kara aux rendez-vous internationaux, Tchao Essohanam Gabin poursuit sa progression avec constance et détermination.
Propos recueillis et retranscrits par E.V.
