Réuni à Dar Es Salaam le 13 février 2026, le Comité Exécutif de la CAF avait pour mission de clarifier un certain nombre de choses et montrer qu’il était plus que jamais seul maitre à bord après le tumulte de la CAN 2025.

Patrice Motsepe, PR de la CAF
Mais, il s’est plutôt livré à un exercice d’équilibriste où l’ambition commerciale semble avoir pris le pas sur la cohérence sportive. Derrière les sourires de façade et les promesses de “modernisation”, plusieurs zones d’ombre laissent un goût amer aux observateurs du football continental.
Le mirage des 28 : plus n’est pas toujours mieux
L’annonce phare d’un passage imminent à une CAN à 28 équipes interpelle. Certes, l’inclusivité est louable, mais à quel prix ? En ouvrant la phase finale à plus de la moitié des nations du continent, la CAF risque de dévaluer les éliminatoires et de diluer le niveau technique d’une compétition déjà critiquée pour ses disparités. De plus, cette extension impose un fardeau logistique colossal. Combien de pays africains, en dehors du Maroc ou de l’Afrique du Sud, sont réellement capables d’héberger 28 délégations avec les standards d’infrastructures désormais exigés ?
Un alignement plus que décrié
La confirmation du passage à un rythme quadriennal après 2028 est une rupture historique qui ne fait pas l’unanimité. Si cette réforme apaise les clubs européens lassés de libérer leurs joueurs tous les deux ans elle prive le football continental d’une source de revenus et d’exposition vitale. On ne peut s’empêcher de se demander si la CAF ne cherche pas avant tout à complaire aux agendas de la FIFA et de

images finale CAN 2025
l’Association de Clubs Européens (ECA), au détriment de l’identité et de la ferveur qui faisaient le sel du football africain.
Des sanctions à géométrie variable ?
Les sanctions confirmées suite aux incidents de la finale de Rabat (Sénégal-Maroc) laissent également un sentiment d’inachevé. Si le “coup de vis” juridique est réel, avec des amendes se chiffrant en centaines de milliers de dollars, l’absence de qualification claire sur l’interruption du match par les Sénégalais ou sur certains comportements antisportifs marocains (l’affaire des serviettes) interpelle sur l’impartialité réelle de l’instance. La CAF semble avoir choisi la voie de la “paix diplomatique” plutôt que celle d’une justice sportive exemplaire et transparente.
La confiance maintenue à l’Afrique de l’Est
Enfin, le maintien de la CAN 2027 en Afrique de l’Est (Kenya-Tanzanie-Ouganda) malgré des doutes persistants sur l’avancement des travaux est un pari risqué et ressemble à un saut dans l’inconnu. En adoptant cette posture, la CAF s’enferme dans un déni qui pourrait coûter cher en termes d’image si le tournoi devait être délocalisé en urgence.
Pourtant, l’institution continentale sait mieux que quiconque que moderniser ne consiste pas simplement à copier les modèles européens ou à multiplier le nombre d’équipes pour gonfler les droits TV.
Il est clair aujourd’hui que la faitière africaine est frappée par la phobie de grandeur et s’éloigne inexorablement des réalités du terrain et des spécificités du football africain.
Pire, à force de vouloir plaire à tout le monde de Zurich à Bruxelles, elle risque de vendanger ce qui faisait son âme : l’exception culturelle du football africain.
Tony DEE.
Crédit Photos : CAF
