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Rédigé par 18 h 20 min Football, Sport • One Comment

Football/Togo : quand Théophile Bola brise l’Omerta

La presse sportive togolaise donne l’impression de privilégier le traitement de la forme au détriment des questions de fond soulevées par l’affaire.

THEOPHILE BOLA

Le verdict du terrain est tombé dimanche dernier lors de l’ultime journée de la D1 Lonato : l’AS Binah est officiellement reléguée en deuxième division.

« Un football de merde » !

L’histoire ne retiendra pas que la relégation sportive du club de Pagouda en D2, mais surtout l’effroyable constat dressé face aux micros par le technicien congolais Théophile Bola. Un coup de gueule historique, d’une vulgarité proportionnelle au dégoût accumulé, résumant le championnat national en trois mots crus : « un football de merde ».

Cette formule, lâchée avec la rage de celui qui n’a plus rien à perdre, n’est pas le simple dérapage d’un entraîneur mauvais perdant. Elle est le point d’orgue d’une semaine de séisme, entamée quelques jours plus tôt par la fuite d’un enregistrement téléphonique accablant laissant entendre que le trucage des matches était une pratique courante dans le football togolais.

En qualifiant ainsi le football togolais, Théophile Bola a arraché le vernis diplomatique pour exposer le cadavre d’un sport apparemment miné par la corruption.

Face à cette déflagration, la réaction des autorités sportives et des médias surtout sportifs était très attendue. Force est malheureusement de reconnaitre que celle-ci a oscillé entre le déni de réalité et la complicité passive.

L’art de feindre l’offense pour éviter l’enquête

Devant une telle sentence « football de merde », la réaction de la Fédération Togolaise de Football (FTF) et des autorités sportives a surpris plus d’un car, plutôt que de s’attaquer au fond du problème (l’audio compromettant et les accusations de matches truqués), les instances préfèrent s’offusquer de la forme. On crie au scandale pour « atteinte à l’image », on s’indigne de l’insolence du technicien congolais, on brandit le code disciplinaire pour laver l’honneur des officiels.

C’est la stratégie classique du contre-feu : condamner l’insulte pour ne pas avoir à nettoyer la boue. En focalisant l’attention sur la grossièreté de la déclaration, les autorités sportives s’achètent un sursis et évitent de répondre à la seule question qui vaille : Bola a-t-il tort ?

Lorsque le jeu en coulisses dicte les scores avant même que les joueurs ne foulent la pelouse, le terme utilisé par l’entraîneur relève de la description clinique, pas de l’injure. Le silence institutionnel sur les preuves audio, mis en contraste avec l’agitation autour du vocabulaire de l’entraîneur, trahit une troublante panique au sommet.

D1 Lonato

D1 Lonato

La presse sportive togolaise, entre pudibonderie de façade et mutisme sélectif

Le traitement médiatique de cet après-match est tout aussi édifiant sur l’état du journalisme sportif au Togo. Face à la punchline de Bola, une partie de la presse s’est drapée dans une posture de donneuse de leçons, feignant de s’indigner du manque de respect du “technicien expatrié” envers le football qui le nourrit.

Où sont les grandes enquêtes sur les « soupçons de matches arrangés » que l’audio a révélée ? Évaporées. Une large portion des médias a choisi la voie de la pudibonderie de façade, préférant disserter sur la déontologie du langage plutôt que d’exercer sa déontologie d’investigation. En se focalisant sur les écarts de langage de Théophile Bola pour passer sous silence les pratiques qu’il dénonce, cette presse donne l’impression de privilégier le traitement de la forme au détriment des questions de fond soulevées par l’affaire.

Les journalistes qui ont eu le courage de creuser l’affaire se comptent sur les doigts d’une main, souvent isolés, parfois menacés, abandonnés par une corporation qui préfère le confort des communiqués officiels au danger de la vérité.

Un miroir tendu à l’avenir du football national

En proclamant la faillite morale de ce sport au Togo, Théophile Bola n’a fait que dire tout haut ce qui se murmure dans les tribunes désertées de Lomé à Cinkassé en passant par Tsévié, Aného, Atakpamé, Sokodé, Kara. Le problème n’est plus de savoir si l’AS Binah méritait de descendre, mais de reconnaître que tout le système est en train de s’effondrer.

Si la seule réponse des autorités sportives et des médias est de punir le messager pour son insolence tout en enterrant l’enregistrement des matches présumés truqués, alors la sentence de Bola deviendra une prophétie définitive. Le football togolais ne se relèvera pas par des suspensions de commissions de discipline ou des articles complaisants. Il se relèvera le jour où les instances auront le courage de regarder dans le miroir tendu par Théophile Bola et de nettoyer ce que le technicien congolais a si brutalement, mais si justement, nommé.

Tony DEE.

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