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Rédigé par 14 h 19 min Environnement

Environnement / Climat : Ce que disent les experts sur l’anomalie climatique au Sud du Togo

Derrière le sentiment populaire que « les saisons sont déréglées », les scientifiques identifient des mécanismes précis. Le Professeur Guillaume Ketoh souligne la nécessité de cette vulgarisation : « Le phénomène est observable, mais les éléments qui le caractérisent ne sont pas toujours perceptibles visuellement. Le rôle du scientifique est de rendre ces informations intelligibles. »

Décembre au Togo a longtemps été synonyme de poussière fine, de ciel voilé et de vent sec venu du Sahel. Pourtant, en 2025, le décor a changé.

Dans le Sud du pays, l’harmattan s’est fait rare, laissant place à des pluies persistantes et inhabituelles. Face à ce constat, le ministère de l’Environnement a mobilisé la communauté scientifique. Enseignants-chercheurs et praticiens du climat se sont ainsi réunis à Lomé, ce mardi 10 février 2026, pour une session d’échange et d’analyse destinée au grand public.

Des précipitations hors saison qui interpellent

Entre décembre 2025 et janvier 2026, la région maritime a enregistré des précipitations continues, freinant l’installation habituelle de la saison sèche. Pour répondre aux interrogations légitimes des populations, le ministère de l’Environnement et l’Université de Lomé ont organisé, le 10 février 2026, une conférence publique réunissant chercheurs, climatologues et acteurs de la société civile.

Derrière le sentiment populaire que « les saisons sont déréglées », les scientifiques identifient des mécanismes précis. Le Professeur Guillaume Ketoh souligne la nécessité de cette vulgarisation : « Le phénomène est observable, mais les éléments qui le caractérisent ne sont pas toujours perceptibles visuellement. Le rôle du scientifique est de rendre ces informations intelligibles. »

Les données révèlent que la mousson vent humide venu de l’océan a dominé la période de décembre 2025 à février 2026, empêchant l’harmattan de s’installer durablement sur le littoral.

« Dans la région maritime, nous avons observé une situation de pluies continues, ce qui est anormal pour cette période. Ces précipitations surviennent alors que la saison sèche devrait être établie », précise le Dr Faya Lemou, enseignant-chercheur en géographie à l’Université de Lomé.

Cette instabilité est frappante : en 2024, la situation était inverse, avec un harmattan dominant qui bloquait toute pluie.

Agriculture et santé : des secteurs sous pression

Ce décalage climatique n’est pas sans conséquences. L’agriculture togolaise, essentiellement pluviale, dépend d’un calendrier rigoureux. Un surplus d’humidité hors saison peut compromettre les récoltes ou tromper les cycles de semis.

Le Dr Latifou Issaou, Directeur général de l’ANAMET, met en garde : « Il faut dire aux agriculteurs que ces pluies ne sont pas favorables. La préparation de la campagne 2026-2027 n’a pas encore commencé, et ces épisodes peuvent induire en erreur. »

Sur le plan sanitaire, cette humidité prolongée, couplée à la chaleur, favorise la prolifération des moustiques (vecteurs du paludisme) et augmente les risques de maladies respiratoires et cardiovasculaires dues aux variations brutales de pression et de température.

Variabilité naturelle ou dérèglement structurel ?

Les chercheurs comparent actuellement les données de la période 2023-2025 aux archives des années 1980 et 1990. L’objectif est de distinguer les cycles naturels des effets du réchauffement climatique global.

Si le Togo ne pèse que 0,07 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (chiffres 2018), il subit de plein fouet les conséquences du dérèglement mondial. Les experts ont profité de cette rencontre pour démentir les rumeurs sur l’usage de substances chimiques dans l’air, rappelant que ces anomalies résultent d’interactions atmosphériques complexes.

Enfin, face aux interprétations métaphysiques de certains citoyens, la science rappelle que le climat répond à des lois physiques. La déforestation locale, les feux de brousse et l’urbanisation galopante réduisent la capacité de l’écosystème à réguler ces chocs.

Cette conférence devrait aboutir à des recommandations concrètes pour renforcer la résilience des populations et mieux mobiliser les financements climatiques internationaux.

E.V.

Sources : AGROCLIMATIQUE, VERT TOGO

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