Autorisation de la HAAC No 0025/HAAC/12-2020/pl/P

Rédigé par 13 h 17 min Social

ÉDITORIAL : L’insécurité dans le portefeuille : Le salaire de l’épouse, ce « danger » public

La sentence tombe souvent comme un couperet : « Une femme qui gagne trop finit par ne plus respecter son mari. » Comme si le respect, cette valeur noble et mutuelle, n’était indexé que sur le solde du compte bancaire de celui qui porte le pantalon.

Dans l’imaginaire collectif de nombreuses sociétés africaines, il existe un plafond de verre domestique plus solide que le béton : celui du revenu de la femme. Pourquoi, en 2026, le succès financier d’une épouse est-il encore perçu comme une menace pour la stabilité du foyer plutôt qu’une bénédiction ?

Par un étrange paradoxe, nous célébrons les « Nana Benz » et les femmes d’affaires dans nos discours publics, mais nous les redoutons dans l’intimité de nos chambres à coucher. La sentence tombe souvent comme un couperet : « Une femme qui gagne trop finit par ne plus respecter son mari. » Comme si le respect, cette valeur noble et mutuelle, n’était indexé que sur le solde du compte bancaire de celui qui porte le pantalon.

Le mythe du Chef de Famille-Banquier

L’argument est toujours le même : l’homme doit être le « pourvoyeur ». Mais nous confondons trop souvent l’autorité morale avec la puissance financière. En érigeant l’argent comme seul fondement de la hiérarchie familiale, nous avons nous-mêmes piégé l’homme africain. On l’a convaincu que s’il n’est plus le premier contributeur, il n’est plus rien.

C’est cette insécurité profonde qui pousse certains maris à saboter subtilement la carrière de leur conjointe ou à exiger un droit de regard oppressant sur leurs revenus. En réalité, ce n’est pas l’autonomie de la femme qui brise les foyers, c’est l’incapacité de certains hommes à exister en dehors du piédestal de l’argent.

La complicité du regard social

Le drame ne se joue pas qu’à deux. Il se joue dans le regard de la belle-mère qui s’inquiète de voir son fils « dominé », dans les moqueries des amis au maquis qui raillent celui dont la femme conduit une plus grosse voiture. En Afrique, le mariage est un contrat social où la réussite de la femme est souvent lue à travers le prisme de l’insubordination.

Pourtant, quel est le coût économique de ce complexe d’infériorité ? Combien de familles stagnent parce que Monsieur refuse que Madame saisisse une opportunité de promotion mieux rémunérée que la sienne ? C’est une économie du ressentiment qui bride le développement du continent.

Inverser la vapeur : Vers un leadership partagé

Il est temps de décoloniser nos mentalités du poids du patriarcat financier. Gagner plus n’est pas une prise de pouvoir, c’est une augmentation des capacités de la « holding familiale ».

L’homme dont la femme gagne plus ne devrait pas se sentir « diminué », mais « propulsé ». Le véritable chef est celui qui sait orchestrer les talents autour de lui, pas celui qui redoute que l’autre ne l’éclipse. Si nous voulons une Afrique forte, nous devons accepter des foyers où le leadership se mesure à l’intelligence de la gestion commune, et non à l’ordre de grandeur des bulletins de paie.

Le respect ne s’achète pas. Il se mérite par la présence, le soutien et l’amour. Tout le reste n’est que littérature de comptable. Le partenariat conjugal, la holding familiale, un nouveau levier de croissance pour l’Afrique ?

La Rédaction.

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