Autorisation de la HAAC No 0025/HAAC/12-2020/pl/P

Rédigé par 14 h 10 min Sport

ÉDITORIAL : le sport a horreur du vide, entre talent silencieux et responsabilité collective

Au-delà des infrastructures, un autre élément joue un rôle déterminant dans la performance : la considération.

« La nature a horreur du vide » Aristote.
Cette pensée d’Aristote, d’abord ancrée dans la philosophie et l’observation du monde physique, dépasse largement son cadre initial. Elle signifie que tout espace laissé vacant finit toujours par être comblé, que ce soit par quelque chose de constructif ou de destructeur. Transposée au domaine athlétique, cette idée prend une dimension sociale et politique : le sport, lui aussi, refuse le néant. Là où manquent les moyens, la vision et les structures, ce manque est automatiquement comblé par la précarité des performances, la fatigue des athlètes et, parfois même, l’injustice des résultats.

Le sport n’est pas seulement un talent, mais un système

On réduit souvent le sport à une question de génie individuel, mais c’est une vision incomplète. Le haut niveau est avant tout un système global qui repose sur plusieurs piliers : la préparation, l’encadrement technique, la nutrition, le financement, la récupération et le suivi psychologique.

« Les champions ne naissent pas seulement avec un talent, ils naissent dans un environnement qui les élève. »

Dans de nombreux pays, notamment en Afrique, des athlètes possèdent un potentiel remarquable mais évoluent dans une véritable absence de structures. Cette carence devient un handicap invisible mais décisif. Un sprinteur privé de chronométrage professionnel, un handballeur privé de stage international ou un cycliste sans matériel adapté ne sont pas simplement désavantagés : ils sont structurellement limités.

La reconnaissance, une énergie invisible mais essentielle

Au-delà des infrastructures, un autre élément joue un rôle déterminant dans la performance : la considération. Un athlète ne se construit pas uniquement par l’effort, mais aussi par le regard qu’on lui porte.

Au Togo, les athlètes participent aux compétitions internationales avec courage et détermination, souvent dans des conditions difficiles. Ils reviennent parfois avec des médailles ou des performances honorables, mais sans véritable mise en lumière.

La question devient alors centrale : comment sont-ils accueillis ? Comment sont-ils célébrés ? Trop souvent, le retour se fait dans une forme d’indifférence institutionnelle ou avec des gestes symboliques insuffisants. Pourtant, la reconnaissance publique est essentielle car elle nourrit la motivation, renforce l’identité du sportif et donne du sens à l’effort.

Nelson Mandela rappelait :

« Le sport a le pouvoir de changer le monde. Il a le pouvoir d’inspirer et d’unir les gens comme peu d’autres choses le peuvent. »

Mais cette force d’unité ne peut exister que si les sociétés valorisent réellement ceux qui les représentent. Sinon, le sport devient une scène sans applaudissements.

Le cas des compétitions : entre fierté et réalité

Lors des championnats d’Afrique à Accra en 2026, plusieurs athlètes togolais ont défendu les couleurs nationales avec courage. Certains ont même amélioré leurs records personnels, notamment sur le 100 m et le 200 m. Ces progrès prouvent que le potentiel existe réellement.

Mais derrière ces résultats visibles se cachent un manque de préparation, une insuffisance de moyens techniques, une absence de suivi médical et psychologique, ainsi que de faibles primes de performance.

Un autre exemple récent lors de la CAN de beach handball illustre clairement cette réalité. Le Togo a réussi à atteindre les finales, aussi bien chez les femmes que chez les hommes, avant de s’incliner face au Bénin et à la Tunisie.

Ce résultat ne s’explique ni par un manque de talent, ni par une absence d’envie de gagner, mais par un déficit de moyens et de préparation à la hauteur des exigences. Au-delà même du terrain, une autre interrogation s’impose : si le Togo avait remporté ces finales, aurait-il réellement disposé des ressources nécessaires pour voyager en Pologne, disputer le Mondial et représenter un continent tout entier ? Cette incertitude, à elle seule, devient un frein structurel.

Dans le même temps, les écarts avec d’autres nations étaient évidents. Certaines équipes bénéficiaient de budgets structurés, de billets d’avion garantis pour les étapes mondiales et d’un encadrement complet, tandis que d’autres devaient essentiellement s’appuyer sur la volonté et la débrouille. La réalité est simple : les rapports de force sportifs favorisent ceux qui sont prêts et qui disposent des ressources nécessaires.

À la fin de la compétition, un responsable a d’ailleurs résumé la situation en ces termes :

« On devait mieux se préparer que ça. Mais il nous fallait ce qu’il faut avoir pour pouvoir mieux se préparer. Ce qu’on n’a pas eu. Donc c’est normal que les résultats soient comme ça. Les corrections, c’est qu’on a besoin de moyens pour entraîner nos enfants dans de bonnes conditions. »

Le cas du cyclisme et des compétitions internationales

Le cyclisme illustre également cette réalité structurelle. Lors des tours internationaux, le manque de moyens, l’absence de sponsors et les difficultés d’organisation pèsent lourdement sur la préparation. Pendant ce temps, certains concurrents évoluent dans des conditions professionnelles complètes. Face à cet écart, le résultat devient souvent prévisible. Le Togo, malgré des efforts constants et des distinctions honorifiques comme les prix de la combativité ou de l’élégance, ne parvient pas à décrocher de victoires d’étape. La logique est simple : on obtient ce que l’on prépare et ce dans quoi l’on investit. Lorsqu’une fédération évolue avec des moyens limités et des dettes de fonctionnement, la marge de performance se réduit inévitablement.

Dans les contextes où les sponsors sont absents ou faibles, le sport repose presque entièrement sur l’État. Cela entraîna une surcharge pour les finances publiques, une insuffisance de moyens et, finalement, une stagnation des performances.

Propositions de solutions concrètes

Pour transformer ces manquements en opportunités, plusieurs actions peuvent être envisagées. Il s’agit d’abord de mettre en place une politique sportive à long terme, stable et indépendante des cycles politiques, puis d’associer durablement les entreprises, notamment étrangères, au financement du sport. Il convient également d’organiser des cérémonies officielles, de médiatiser les performances et d’intégrer davantage les sportifs dans la culture nationale. Enfin, la mobilisation des experts sportifs de la diaspora permettra de renforcer efficacement les structures locales.

Le sport a horreur du vide, car ce dernier ne reste jamais neutre : il se remplit toujours de nos limites.

La rédaction.

Image générée par IA

Visited 80 times, 1 visit(s) today
error: Content is protected !!