Sous la menace de lourdes sanctions internationales, le Kenya a finalement convaincu l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) de ses efforts. L’institution basée à Montréal a annoncé, vendredi 3 octobre 2025, qu’elle ne pénaliserait pas le pays, estimant que des « progrès significatifs et démontrables » ont été réalisés pour réformer son système de lutte contre le dopage.
En septembre, l’AMA avait déclaré l’Agence Nationale Antidopage Kényane (ADAK) non conforme au code mondial, lui donnant trois semaines pour se mettre en règle. Cette non-conformité menaçait la participation du Kenya aux compétitions internationales surtout en Athlétisme et la reconnaissance de ses athlètes.
Face à cette pression, Nairobi a accéléré les réformes. Le président William Ruto a exigé une restructuration complète de l’ADAK et un suivi étroit des pratiques antidopage. Ces engagements politiques, conjugués à des ajustements techniques, ont suffi à convaincre l’AMA de suspendre sa décision.
Un système sous tension
Le cas kényan illustre les faiblesses d’un modèle sportif confronté à des enjeux économiques et sociaux considérables. Terre de champions olympiques, le pays détient aujourd’hui un record moins glorieux : 140 athlètes suspendus pour dopage, selon les chiffres de l’AMA le plus grand nombre au monde.
Derrière cette statistique se cache un système sous-financé et soumis à des pressions contradictoires. En 2024, le gouvernement kényan a réduit de près de moitié le budget de l’agence antidopage, dans un contexte de contestation sociale autour des dépenses publiques. Une décision jugée paradoxale, alors même que Nairobi affirmait vouloir renforcer la transparence dans le sport national.
Le sport, le seul moyen de réussir ?
Les experts soulignent un facteur central : la précarité. Dans de nombreuses régions, courir est perçu comme un moyen d’échapper à la pauvreté. La promesse de bourses, de contrats ou de reconnaissance internationale pousse certains athlètes à céder à la tentation du dopage.
Les affaires Jemima Sumgong, championne olympique du marathon 2016, ou Ruth Chepngetich, détentrice du record du monde, ont cristallisé le malaise. Chaque scandale ternit davantage l’image d’un pays autrefois célébré pour la pureté de son talent athlétique.
Si le Kenya évite pour l’instant les sanctions, il reste sous surveillance. Le département de conformité de l’AMA continuera d’évaluer les efforts de l’ADAK et publiera des rapports réguliers. En cas de nouveau manquement, la procédure pourrait être réactivée et le pays sera totalement suspendu. La véritable question qui pourrait se poser pourrait être celle-ci : pourquoi seulement le Kenya ?
E.V.
Sources : AMA, l’Équipe.
