À chaque période de convocations, le staff technique se heurte aux mêmes difficultés. Cette année encore, le problème refait surface alors que le Togo est en pleine course pour les éliminatoires de la CAN 2027 et recherche activement des profils capables d’aider la sélection à grandir.
Des joueurs déclinent, d’autres hésitent ou demandent du temps, tandis que le Togo poursuit sa quête d’éléments en mesure de renforcer l’équipe nationale. Ce sujet récurrent pose une question essentielle : le Togo dispose-t-il aujourd’hui des arguments nécessaires pour attirer et surtout fidéliser les talents qu’il souhaite mobiliser ?
Cette interrogation ne mérite ni procès d’intention envers les joueurs, ni accusation systématique contre la Fédération Togolaise de Football (FTF). Elle exige avant tout de la lucidité. Si un joueur peut légitimement mûrir son avenir international, une sélection nationale ne peut pas non plus demeurer suspendue à des décisions individuelles.
Patrice Neveu souhaite s’appuyer sur des joueurs qui s’engagent pleinement pour le Togo, ce qui est tout à fait compréhensible. Un sélectionneur a besoin de savoir sur qui compter pour préparer ses échéances et bâtir un groupe solide. Cependant, un tel engagement ne se décrète pas : il se construit au fil du temps.
C’est précisément sur ce terrain que le débat doit désormais se déplacer.
Lorsqu’un joueur est approché par la FTF, que découvre-t-il réellement ? Trouve-t-il un projet sportif clairement défini, une vision à moyen terme et des garanties sur les conditions de travail, ou aperçoit-il principalement la volonté de le voir rejoindre le groupe ?
La FTF a déjà entrepris plusieurs démarches en ce sens. Serge Akakpo a rappelé que des discussions avaient été engagées avec plusieurs binationaux, notamment Emmanuel Emegha, Faride Alidou, Lilian Brassier, Marvin Senaya, Lorenz Assignon, Wisdom Amey et Mansour Ouro-Tagba. Ces dossiers ont connu des évolutions différentes : certains ont abouti, tandis que d’autres restent en attente.
Le parcours de Faride Alidou prouve d’ailleurs que ces choix ne sont pas toujours définitifs. Après avoir d’abord privilégié sa situation en club malgré un accord initial, il fait aujourd’hui partie des joueurs appelés. Une hésitation peut donc évoluer positivement, mais cette réalité ne doit pas inciter la Fédération à attendre éternellement.
S’il faut savoir convaincre, il faut tout autant savoir avancer.
C’est à ce niveau que la méthode mérite d’être repensée. Au lieu d’attendre qu’un joueur soit déjà installé au plus haut niveau pour le démarcher, il serait plus judicieux de créer très tôt un lien avec ces jeunes aux attaches togolaises.
Le travail au sein des sélections U17, U20 et U23 constitue l’un des principaux leviers de cette démarche. Un jeune qui découvre l’environnement togolais dès son plus jeune âge aura déjà construit une histoire avec le maillot national au moment de faire son choix définitif. Le projet U23 évoqué par Serge Akakpo répondait parfaitement à cette logique de passerelle vers l’équipe fanion.
Cependant, il serait trop facile de demander aux seuls joueurs de faire tous les efforts.
La Fédération doit aussi analyser ce qui peut freiner l’adhésion à son projet. L’attractivité d’une sélection ne repose pas uniquement sur les origines d’un joueur, mais dépend également de la stabilité de l’équipe, de ses résultats et des conditions de travail proposées. C’est une réalité qu’il faut assumer, car on ne peut pas demander à un joueur de croire en un projet que l’on peine à rendre visible.
La meilleure réponse consiste donc à renforcer l’offre globale du Togo. Cela passe par un projet technique stable, des rassemblements bien organisés, une formation cohérente, des infrastructures en progrès et un suivi médical rigoureux. Il s’agit de proposer une vraie vision qui dépasse la simple perspective de la prochaine compétition.
Il ne s’agit pas pour autant de promettre une place de titulaire à chaque nouveau venu, ce qui serait injuste pour le groupe actuel et dangereux pour l’émulation collective. Tout nouveau joueur doit venir pour gagner sa place, tout en sachant exactement dans quel cadre il s’engage.
La Fédération gagnerait également à structurer un suivi permanent des binationaux. Un interlocuteur désigné pourrait maintenir le contact avec les familles, suivre les progressions et anticiper les démarches administratives. Une telle organisation permettrait aussi de mieux gérer les refus sans bloquer le fonctionnement de l’équipe. Le Togo conserverait une porte ouverte tout en continuant à travailler avec les éléments disponibles.
Il existe enfin un autre risque : à force de courir derrière ceux qui hésitent, la sélection pourrait négliger ceux qui ont déjà dit oui.
Les joueurs régulièrement présents doivent sentir que leur fidélité est valorisée. L’arrivée de nouveaux profils doit apporter de la qualité sans donner l’impression que les indécis bénéficient d’une attention supérieure. De leur côté, les joueurs sollicités doivent comprendre qu’une sélection nationale ne peut être une simple option d’attente. Réfléchir est légitime, mais le choix doit être pleinement assumé une fois arrêté.
Chaque partie a donc un rôle à jouer dans cette évolution.
La FTF doit mieux présenter son projet, intervenir plus tôt auprès des jeunes et structurer son organisation. Les joueurs, quant à eux, doivent faire preuve de clarté dans leurs intentions. Il ne s’agit pas de savoir qui doit céder, mais de poser les bases d’une relation plus saine.
Le Togo n’a pas besoin de « oui » obtenus dans la précipitation. Il a besoin de joueurs conscients de leur choix et d’une Fédération capable de leur inspirer confiance.
Si la question des binationaux ne disparaîtra jamais complètement, elle peut être mieux organisée et mieux anticipée. Le Togo doit continuer à convaincre, mais il doit désormais le faire autrement : moins dans l’urgence, davantage dans la durée, et surtout par des actes plus que par des discours.
Au bout du compte, le véritable succès ne sera pas seulement d’obtenir le « oui » d’un joueur, mais de lui donner toutes les bonnes raisons de le maintenir.
E.V.
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