Le Togo ne manque pas de talents dans le football féminin. Des joueuses émergent, intègrent la sélection nationale et rejoignent des clubs de la sous-région ou de l’étranger. Pourtant, le système peine encore à créer les conditions leur permettant de progresser dans la durée.
Le constat est connu ; c’est la réponse qui doit changer.
Une carrière sportive exige de la continuité : compétition, entraînement, encadrement et perspectives. Quand un championnat s’arrête des mois, toute la chaîne se fragilise. La saison 2024-2025 s’est achevée en 2026 et, au 25 septembre 2026, la suivante n’avait toujours pas démarré malgré les annonces. Pendant ce temps, le Bénin et le Burkina Faso préparent déjà le lancement de leur exercice 2026-2027 pour novembre. Au Togo, ce flou entretient le sentiment d’un football féminin relégué au second plan.
Cette situation handicape aussi les clubs et les entraîneurs. Comment bâtir un collectif ou préparer une échéance sous-régionale sans calendrier fixe ? Le parcours de l’ASKO Féminines au tournoi de l’UFOA-B en est l’illustration : après un nul face au Dynamique FC du Bénin (0-0), le club s’est incliné devant l’USFA du Burkina Faso (0-5). Si ce résultat ne résume pas tout, il rappelle l’impact du rythme et des matchs réguliers sur le haut niveau, comme le démontrent les équipes nigérianes et ghanéennes.
L’absence de compétition nuit également à l’exposition des joueuses. Une athlète active est observée et repérée ; sans compétition, elle s’efface. L’essai de la Béninoise Romaine Gandonou au Paris Saint-Germain montre ce qu’apporte une visibilité régulière. Les Togolaises ont le même potentiel, à condition de pouvoir jouer.
Le débat doit dépasser la simple organisation d’un tournoi. Une ligue Élite et une ligue Amateur peuvent structurer la discipline, mais seulement avec des clubs capables de tenir une saison entière. Mieux vaut un championnat maîtrisé avec des acteurs engagés jusqu’au bout qu’une compétition élargie sur le papier mais interrompue faute de moyens.
Les règles doivent être claires dès le départ : calendrier anticipé, conditions d’engagement nettes et financements lisibles. Les clubs ont aussi leur responsabilité : recruter, former, conserver les joueuses et préparer la relève dans un vrai projet sportif.
Mais cette ambition exige des ressources. Avec des budgets parfois inférieurs à 10 millions de CFA, les clubs peinent à couvrir les déplacements, équipements, licences ou soins. Il ne s’agit pas d’exiger les mêmes budgets que chez les hommes, mais d’assurer un financement cohérent et prévisible. Cela doit s’accompagner de la formation des entraîneurs, arbitres et dirigeants, ainsi que de compétitions de jeunes.
Enfin, les médias doivent jouer leur rôle. La couverture ne peut se limiter aux rassemblements de la sélection. Le quotidien des joueuses et leurs performances en club doivent être racontés toute l’année pour attirer le public et les partenaires.
Organisation, structuration, financement, formation et médias : le changement doit concerner toute la chaîne. Le Togo a les talents. Il reste à construire l’environnement pour les faire progresser. Et cela commence par une chose simple : jouer.
E.V.
Crédit photo : FTF