Célébrée chaque 8 mars depuis le début du XXe siècle, la Journée Internationale des Droits de la Femme (JIDF) rappelle que l’égalité des sexes reste un combat permanent. Au Togo, cet événement s’affirme comme un moment charnière de réflexion et de plaidoyer pour renforcer la place des femmes dans toutes les sphères de la société.
Une journée de réflexion loin des festivités éphémères
Si le 8 mars est souvent perçu comme une parenthèse festive ponctuée de cadeaux, son essence réside dans l’action politique et sociale. Pour Xana Numedo, parathlète, réflexologue et mannequin, cette date doit permettre d’évaluer concrètement le leadership féminin et la conciliation entre vie professionnelle et familiale.
« Au lieu de préparer des repas ou acheter des pagnes, c’est le moment de réfléchir sur nos réalisations et sur notre leadership », explique-t-elle.
Elle suggère d’ailleurs une meilleure répartition des tâches domestiques :
« Les hommes pourraient aussi partager ces responsabilités pour que la femme ait le temps de se consacrer à son épanouissement. »
Pour elle, l’objectif est clair, transformer cette journée en une rencontre d’engagement plutôt qu’en une célébration superficielle.
Transformer le droit en justice effective
Le thème de cette année, « Droit. Justice. Action. Pour toutes les femmes et filles », souligne l’urgence de passer des paroles aux actes. Malgré les textes en vigueur, la mise en œuvre des droits, rencontre des obstacles structurels. Xana Numedo pointe notamment les limites du système judiciaire et certains comportements sociaux :
« Le droit des femmes n’est pas pleinement respecté au Togo. Trop souvent, la justice manque de moyens pour soutenir les dossiers. Parfois, ce sont même les femmes elles-mêmes qui limitent la capacité de leurs sœurs à se défendre. »
La nutritionniste Jeannine AMISSI rejoint cette vision en insistant sur l’aspect éducatif. Selon elle, l’application des droits doit être une pratique quotidienne, notamment dans les zones rurales :
« Offrir l’éducation aux filles, surtout dans les villages reculés, est un pas concret pour leur permettre de s’épanouir et de devenir actrices de leur destin. »
Des progrès visibles mais des défis persistants
Le paysage professionnel togolais témoigne d’une évolution certaine. Les femmes investissent désormais des secteurs historiquement masculins tels que l’architecture, le sport de haut niveau ou l’administration publique. Solange Ayité, assureur, rappelle toutefois que le temps des revendications théoriques est révolu :
« Le droit et la justice, nous les réclamons depuis des décennies. Aujourd’hui, il est temps de passer à l’action. Les mots seuls ne suffisent pas. »
Le chantier reste vaste, particulièrement dans les campagnes où l’accès à l’école est parfois encore entravé par des traditions lourdes comme les mariages forcés.
L’enjeu de l’inclusion dans les sphères de décision
L’un des défis majeurs reste l’intégration des femmes aux postes de haute responsabilité, avec une attention particulière pour celles en situation de handicap. Xana Numedo souligne que des profils compétents et diplômés existent, mais restent sous-représentés dans les instances décisionnelles.
« Leur intégration dans les ministères et les collectivités locales permettrait de mieux répondre aux besoins spécifiques des communautés », affirme-t-elle.
Selon la parathlète, confier des responsabilités à ces femmes changerait la dynamique sociopolitique du pays. Elle conclut par un appel à la transmission :
« Il faut agir pour que les femmes puissent occuper des postes décisionnels et inspirer la génération future. Chaque opportunité offerte à une femme change la société. »
En ce 8 mars , l’appel est de réfléchir, agir et transformer pour que toutes les femmes, quel que soit leur statut ou leur condition, puissent s’affirmer et contribuer pleinement à la société. Au-delà des festivités, c’est par l’action quotidienne que se gagnera la bataille pour la dignité et les droits des femmes.
E.V
