Au Togo, le football féminin ne se contente plus de suivre l’ombre de son homologue masculin. Il se forge un nom à travers des visages déterminés et des trajectoires inspirantes. Parmi ces talents qui bousculent la hiérarchie figure Nadège Akou Eyram Saka. Attaquante vedette du club Athleta FC, elle incarne cette nouvelle génération de joueuses togolaises pour qui le football est bien plus qu’un sport : c’est une mission.
L’école de la rue : là où tout a commencé
Tout commence pour Nadège dans l’effervescence des quartiers, là où le football se vit sans artifice. Dès l’âge de 8 ans, elle se frotte à la rudesse des matchs de ruelle, souvent la seule fille au milieu d’un groupe de garçons. Ces terrains de sable, improvisés entre deux maisons, ont été ses premières salles de classe.
« Nous jouions dans le sable, parfois même sous la pluie. Mais cela ne nous empêchait jamais de continuer », se remémore-t-elle avec un sourire nostalgique.
À cette époque, la notion de carrière est encore floue. Le football est un exutoire, une source de liberté pure.
« Je ne pensais pas encore à une carrière. Je jouais simplement parce que j’aimais ce sport », confie-t-elle.
C’est pourtant dans cette insouciance que se forge son endurance et son sens du but.
Le socle familial : un soutien déterminant
Le passage de la passion de rue au football organisé n’aurait pu se faire sans un entourage solide. Dans un contexte où le football féminin peut parfois susciter des réticences, Nadège a eu la chance de bénéficier d’un rempart familial précieux. Sa grand-mère a été l’une des premières à déceler cette étincelle dans ses yeux. Mais c’est vers son père que ses remerciements les plus vibrants se tournent.
« Mon papa est mon plus grand fan. C’est lui qui m’a offert mes premières chaussures de football et qui m’a aidée à rejoindre ma première équipe. »
Ce soutien, à la fois matériel et moral, a agi comme un accélérateur de confiance, permettant à la jeune fille de ne jamais douter de sa légitimité sur un terrain.
2022 : Le tournant de la professionnalisation
L’année 2022 marque une rupture dans son parcours. En rejoignant l’Union Sportive de Togblécopé (USTK), Nadège Saka découvre les exigences du football structuré : la rigueur tactique, la préparation physique et l’esprit de compétition officiel.
« C’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre le football vraiment au sérieux », explique-t-elle.
Son talent explose lors de la Coupe du district 2022. Elle survole la compétition, inscrivant six buts et s’offrant le titre de meilleure buteuse du tournoi. Une performance qui propulse son équipe en finale et assoit définitivement sa réputation de finisseuse hors pair. Cette réussite lui ouvre les portes d’Athleta FC, l’un des fleurons du football féminin au Togo, où elle évolue aujourd’hui sous les projecteurs de l’élite.
Une vision pour le football féminin togolais
Au-delà de ses propres performances, Nadège Saka porte un regard lucide sur son environnement. Elle reconnaît que le Togo offre désormais plus d’opportunités, mais plaide pour une véritable professionnalisation.
« Il y a davantage d’opportunités qu’avant pour les filles qui veulent jouer au football, mais il faut continuer à promouvoir notre sport et offrir de meilleures conditions aux joueuses. »
Elle n’oublie pas l’aspect social et éducatif, conseillant à ses sœurs cadettes de garder un pied dans les études :
« Il est important de croire en soi et de travailler dur, mais il faut aussi continuer ses études ou apprendre un métier en parallèle. »
Des rêves de sélection et d’Europe
Inspirée par l’élégance de Karim Benzema, la puissance de Didier Drogba et le leadership d’Ada Hegerberg, Nadège Saka ne compte pas s’arrêter là. Son regard est désormais tourné vers l’horizon. Si ses objectifs immédiats sont de gagner des trophées avec Athleta FC, son rêve ultime reste le maillot jaune des Éperviers du Togo et une expérience sur le vieux continent.
Pour conclure, elle résume sa philosophie en trois piliers : détermination, passion et courage. Trois mots qui, sur le terrain comme dans la vie, font déjà d’elle une championne.
Propos recueillis et retranscrits par E.V.


