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Rédigé par 22 h 00 min Football, Sport

Football-Togo : Éperviers, Le complexe du “Sorcier Blanc” ou l’aveu d’un naufrage structurel ?

Au moment où les techniciens africains ont “la côte”, remportant les dernières CAN et hissant des nations au sommet du classement FIFA, Lomé regarde de nouveau vers l’autre rive de la Méditerranée.

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Alors que l’Afrique du football vibre désormais au rythme de ses propres fils, Aliou Cissé, Emerse Faé ou Walid Regragui ayant prouvé que l’expertise locale n’est plus un second choix mais une garantie de succès, le Togo, lui, semble avoir décidé de remonter le temps.

Après le passage éclair et douloureux de Nibombé Daré, la Fédération Togolaise de Football (FTF) vient de confier les clés de la sélection nationale à Patrice Neveu. Un choix qui sonne comme un désaveu pour l’expertise locale et interroge sur la vision à long terme du football togolais.

L’expérience Daré, un gâchis de confiance ?

Le passage de Nibombé Daré devait être celui de la réconciliation entre le public et son équipe, portée par un technicien formé aux standards modernes mais imprégné des réalités du terroir. On a encore en mémoire, sa première sortie à Kegué sous les viva, d’un public complètement acquis à sa cause. Son échec, qu’il soit tactique ou lié à un manque de soutien institutionnel, semble avoir refroidi les ardeurs des décideurs.

Au moment où les techniciens africains ont "la côte", remportant les dernières CAN et hissant des nations au sommet du classement FIFA, Lomé regarde de nouveau vers l'autre rive de la Méditerranée.

Patrice Neveu

Mais en tournant le dos à la piste locale pour revenir à un profil “européen classique”, le Togo ne signe-t-il pas son propre aveu d’impuissance ?

Patrice Neveu : Le pragmatisme contre l’ambition

Patrice Neveu est un technicien respectable. Son CV est une carte géographique du football africain. Mais là est précisément le problème : le Togo a-t-il besoin d’un énième “Sorcier Blanc” qui connaît les ficelles du métier, ou d’un architecte capable de reconstruire un projet de jeu qui n’existe plus ?

Avec Patrice Neveu, la FTF opte pour le pragmatisme du résultat immédiat. On ne lui demande pas de construire le football togolais de 2030, mais de gagner des matchs pour calmer l’opinion. C’est une stratégie de “pompier” dans un pays où c’est tout l’édifice qu’il faudrait rebâtir. Pendant que les voisins investissent dans la formation et font confiance à leurs anciens internationaux, le Togo recycle des noms qui circulent dans les couloirs de la CAF depuis plus de deux décennies.

Navigation à contre-courant

Au moment où les techniciens africains ont “la côte”, remportant les dernières CAN et hissant des nations au sommet du classement FIFA, Lomé regarde de nouveau vers l’autre rive de la Méditerranée. Ce choix traduit un complexe persistant : cette idée reçue selon laquelle seul un technicien européen posséderait l’autorité ou la rigueur nécessaire pour gérer les Éperviers. C’est oublier que la discipline ne s’importe

Au moment où les techniciens africains ont "la côte", remportant les dernières CAN et hissant des nations au sommet du classement FIFA, Lomé regarde de nouveau vers l'autre rive de la Méditerranée.

Le nouveau sélectionneur du Togo

pas, elle s’instaure par une vision politique et sportive cohérente.

La peur du vide

Au fond, la nomination de Patrice Neveu est le symptôme d’une peur du vide. La peur de confier les rênes à un local et de devoir assumer, ensemble, le temps de la reconstruction. En prenant un expatrié, on s’offre un fusible idéal : s’il échoue, ce sera “sa” faute, et non celle du système.

Le football togolais ne sortira pas de l’ornière par un simple changement de visage sur le banc de touche. Sans une réforme en profondeur de l’encadrement des jeunes et un soutien réel aux techniciens locaux, les sélectionneurs se suivront sans discontinuer avec l’espoir que le prochain miracle vienne d’ailleurs. Patrice Neveu a désormais la lourde tâche de prouver qu’il n’est pas qu’un choix par défaut, mais une réelle solution. Le public de Kégué, lui, attend des actes, plus que des noms.

Tony Dee

crédit photo : DR

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