Autorisation de la HAAC No 0025/HAAC/12-2020/pl/P

Rédigé par 8 h 45 min Athlétisme, Sport

Athlétisme / Kenya : le dopage, un fléau venu d’ailleurs ?

Contrairement aux athlètes, soumis à des contrôles biologiques quasi hebdomadaires, les managers étrangers s’installent à Iten ou Eldoret avec une liberté totale.

Contrairement aux athlètes, soumis à des contrôles biologiques quasi hebdomadaires, les managers étrangers s'installent à Iten ou Eldoret avec une liberté totale.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe ce 2 mars 2026 : 27 nouveaux athlètes kényans, dont l’ancienne reine du marathon Rita Jeptoo et le champion national Wiseman Were, viennent d’être suspendus par l’agence antidopage kényane (ADAK).

Contrairement aux athlètes, soumis à des contrôles biologiques quasi hebdomadaires, les managers étrangers s'installent à Iten ou Eldoret avec une liberté totale.

Andrew Robertson

Si les gros titres pointent une nouvelle fois du doigt les coureurs des hauts plateaux, (des joueurs de football et de basketball figurent aussi dans cette liste) cette crise répétitive masque une réalité plus sombre : celle d’un système où les athlètes, souvent issus de milieux précaires, ne sont que les derniers maillons d’une chaîne gérée par des structures occidentales à l’éthique poreuse.

Depuis 2017, plus de 140 athlètes kényans ont été suspendus, un record mondial. Mais derrière ces chiffres, qui sont les véritables architectes de la performance ? Le Kenya est devenu l’Eldorado de managers et d’entraîneurs venus d’Europe et d’Amérique du Nord, attirés par le réservoir de talents et, surtout, par un manque criard de régulation de leurs activités.

Des managers intouchables

Contrairement aux athlètes, soumis à des contrôles biologiques quasi hebdomadaires, les managers étrangers s’installent à Iten ou Eldoret avec une liberté totale. Ils ne font l’objet d’aucun contrôle de conformité éthique sérieux de la part des instances internationales. Ils gèrent des carrières, mais aussi des flux financiers massifs, souvent avec une vision à court terme : extraire le maximum de profit d’un athlète avant

Contrairement aux athlètes, soumis à des contrôles biologiques quasi hebdomadaires, les managers étrangers s'installent à Iten ou Eldoret avec une liberté totale.

Federico Rosa

que son corps ou les contrôles ne le rattrapent.

L’asymétrie de pouvoir

La plupart de ces coureurs voient dans l’athlétisme l’unique porte de sortie de la pauvreté. Face à un agent européen ou américain influent, l’athlète n’a pas son mot à dire. Si on lui propose une “vitamine” ou un “traitement de récupération” par injection, la confiance (ou la peur d’être évincé du groupe) l’emporte sur la prudence.

Des précédents qui ne servent pas de leçon

Les exemples sont légion où la responsabilité des encadrants étrangers a été au cœur des scandales, sans pour autant entraîner une réforme globale de leur statut :

  • L’affaire Federico Rosa : Le célèbre manager italien a été poursuivi par la justice kényane en 2016, accusé d’avoir administré des substances interdites à ses athlètes, dont Rita Jeptoo.
  • Zane Robertson : Le Néo-Zélandais, installé au Kenya depuis l’adolescence, a été suspendu pour 8 ans en 2023. Son cas a révélé des circuits de falsification de documents médicaux kényans extrêmement sophistiqués, souvent facilités par des intermédiaires qui connaissent parfaitement les failles du système local.

A qui profitent les foulées ?

Contrairement aux athlètes, soumis à des contrôles biologiques quasi hebdomadaires, les managers étrangers s'installent à Iten ou Eldoret avec une liberté totale.

Witold Banka, Président de l’AMA

Actuellement, lorsqu’un athlète est contrôlé positif, sa carrière s’arrête. Le manager, lui, peut souvent continuer ses activités avec un nouveau groupe de coureurs, sous une nouvelle entité.

“Le système actuel punit l’exécutant mais laisse l’instigateur dans l’ombre.” Il n’existe aujourd’hui aucun permis d’exercer international contraignant pour les agents, qui les obligerait à une transparence totale sur leurs méthodes médicales et financières sous peine de bannissement définitif.

In fine, tant que les instances dirigeantes mondiales ne mettront pas en place une certification stricte pour les structures étrangères opérant en Afrique de l’Est, le Kenya restera le bouc émissaire d’une corruption qui prend souvent racine dans des bureaux climatisés en Europe ou aux États-Unis. On ne peut plus se contenter de suspendre des coureurs ; il est temps de demander des comptes à ceux qui profitent de leur foulée.

Tony DEE.

Visited 40 times, 1 visit(s) today
error: Content is protected !!