Autorisation de la HAAC No 0025/HAAC/12-2020/pl/P

Rédigé par 9 h 02 min Santé, Sport

Éditorial / Santé et performance : jusqu’où tenir ?

Signaler une douleur ne doit plus être perçu comme un aveu de faiblesse ou un risque de mise à l’écart, mais comme un acte responsable.

Peut-on encore performer quand on n’a pas les moyens de se soigner ? Derrière chaque exploit sportif, il y a un corps. Un corps entraîné, sollicité, parfois poussé jusqu’à ses limites. Mais lorsque la maladie ou la blessure survient, une autre épreuve commence, loin des terrains : celle de l’accès aux soins. Aujourd’hui au Togo, l’athlète blessé finit trop souvent par devoir se débrouiller seul. Même lorsqu’une aide ponctuelle d’un club ou d’un proche lui est accordée, elle reste largement insuffisante face au coût réel des examens, des interventions chirurgicales ou de la rééducation.

Pour un sportif aux revenus modestes, la moindre complication médicale menace d’interrompre une carrière. Sous la pression du calendrier ou de la peur d’abandonner sa place en sélection, le risque est grand de minimiser une douleur, de précipiter son retour ou de tronquer sa rééducation. C’est un calcul dangereux : une blessure ne disparaît pas par la seule force de la volonté, et négliger la santé d’aujourd’hui, c’est condamner la performance de demain.

Il serait toutefois injuste de faire porter cette responsabilité aux seuls clubs et fédérations, déjà étouffés par les coûts de fonctionnement et de compétition. La véritable question est systémique. Le sport togolais doit d’urgence abandonner la culture de la réaction pour adopter celle de l’anticipation.

Cette mutation passe d’abord par la généralisation de la médecine du sport préventive et d’un suivi individualisé, afin de détecter les risques avant qu’ils ne se concrétisent. Mais elle exige surtout des mécanismes de prise en charge solides : la création d’un fonds de solidarité médical dédié aux athlètes, la négociation de tarifs préférentiels avec les structures de santé, ainsi que la mise en place de couvertures d’assurance adaptées aux réalités de la haute compétition.

Cette transformation doit aussi être culturelle. Signaler une douleur ne doit plus être perçu comme un aveu de faiblesse ou un risque de mise à l’écart, mais comme un acte responsable. La protection des athlètes est une charge partagée entre l’État, les fédérations, le corps médical, les entreprises partenaires et les sportifs eux-mêmes.

Alors que le Togo ambitionne d’affirmer sa présence sur les scènes africaine et internationale, l’investissement dans la performance doit impérativement s’accompagner d’un investissement dans la santé. Former un athlète pendant des années pour le voir abandonner faute de moyens financiers serait un échec collectif. Il est temps de comprendre que protéger la santé de nos champions, c’est garantir l’avenir même du sport togolais.

E.V.

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