Avons-nous choisi notre lieu de naissance, notre apparence ou notre état de santé ? Nul ne décide de naître avec un handicap. Pourtant, au sein de nombreuses sociétés, ce qui n’a jamais été un choix se mue trop souvent en une condamnation sociale.
Au Togo, des milliers de citoyens vivent avec un handicap. D’après le Recensement général de la population de 2022, 10,73 % de la population togolaise est concernée, contre 1,6 % en 2010. Cette augmentation reflète avant tout une meilleure prise en compte statistique d’une réalité longtemps minimisée.
Derrière ces chiffres se trouvent des citoyens aspirant à une ambition simple : travailler, gagner en autonomie et contribuer au développement de leur nation. Qu’il soit moteur, sensoriel, psychique ou cognitif, le handicap ne saurait définir une personne. Plus que l’aspect médical, c’est le regard de la société qui constitue le véritable obstacle.
Diplômés mais confrontés à l’exclusion professionnelle
Au Togo, comme dans le reste de l’Afrique, accéder à l’emploi s’apparente à un véritable parcours du combattant. Nombreux sont ceux qui, malgré le manque d’accessibilité et le poids des préjugés, parviennent à décrocher des diplômes universitaires, allant parfois jusqu’au doctorat. Pourtant, une fois le diplôme en poche, l’exclusion prend le relais.
Une contradiction frappante subsiste : si la jeunesse est encouragée à se former, les diplômés en situation de handicap se heurtent à la fermeture du marché du travail. Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), plus de 80 % des diplômés en situation de handicap en Afrique seraient aujourd’hui sans emploi.
Cette situation transforme le diplôme, jadis symbole d’émancipation, en un vecteur de frustration.
Au Togo, les compétences sont encore trop fréquemment évaluées au travers du prisme du handicap. Une personne à mobilité réduite ou malentendante serait-elle intrinsèquement moins productive ou moins qualifiée ? Ces préjugés appartiennent à une ère révolue. Les sociétés modernes reconnaissent désormais que le véritable obstacle ne réside pas dans le handicap lui-même, mais dans un environnement professionnel incapable de s’adapter.
Quand les préjugés verrouillent les portes
Le témoignage des personnes en situation de handicap au Togo exprime une souffrance commune : celle d’être systématiquement réduites à leur différence. Lors des processus de recrutement, leurs qualifications sont reléguées au second plan. Cette exclusion sociale pousse certains individus vers la dépendance ou la mendicité. Pourtant, la majorité ne revendique pas la charité, mais aspire à une opportunité. Si l’assistance permet de survivre, seul l’emploi permet de vivre dignement.
Le cri d’alarme des diplômés : un impératif social
Dans une lettre ouverte adressée aux autorités, l’Association des Personnes Handicapées Diplômées et Fonctionnaires du Togo (APHDFT), sous l’impulsion de Marc Dohou, attire l’attention sur la situation critique de centaines de diplômés en marge du marché du travail. Loin de quémander des privilèges, ces citoyens revendiquent une stricte égalité des chances. Ils appellent à la mise en œuvre de dispositifs concrets d’insertion professionnelle, incluant des procédures de recrutement spécifiques, au nom de la justice sociale.
L’inclusion : un levier de développement économique
La question du handicap dépasse le cadre purement humanitaire pour devenir un enjeu économique majeur. Le secteur de l’artisanat, qui contribue à hauteur de 20 % du PIB togolais selon le PNUD, illustre parfaitement le potentiel de cette inclusion créatrice de valeur. Grâce à une formation et un accompagnement adaptés, ces personnes sont en mesure de devenir des acteurs économiques essentiels. Une nation qui écarte une fraction de sa population se prive, par là même, d’une part significative de son propre développement.
Responsabilités partagées entre l’État et le secteur privé
Bien que le Togo ait ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, l’absence de mesures législatives contraignantes, telles que l’instauration de quotas d’emploi par secteur, restreint la pleine effectivité de cet engagement.
L’État ne saurait être l’unique moteur de l’emploi. Le secteur privé est appelé à assumer sa part de responsabilité en valorisant la diversité des profils, levier essentiel de performance et d’innovation pour les entreprises.
Changer notre regard
Le handicap d’une société réside avant tout dans son incapacité à reconnaître les compétences au-delà des différences. Le Togo a désormais l’opportunité de traduire ses engagements en faveur de l’inclusion par des actes concrets. Garantir une place à chacun, c’est à la fois honorer la dignité humaine et dynamiser le développement national.
Les Nations Unies en appui aux initiatives nationales
Afin de soutenir cette dynamique, le système des Nations Unies collabore avec l’État togolais dans l’élaboration de la Stratégie nationale d’éducation inclusive, le plaidoyer pour la protection sociale et l’accompagnement direct de la Fédération Togolaise des Associations de Personnes Handicapées (FETAPH).
C’est dans ce contexte qu’une session de sensibilisation a été organisée à Lomé à l’attention des diplômés à mobilité réduite, de petite taille ou atteints d’albinisme. Les Volontaires des Nations Unies (VNU) ainsi que le groupe « Inclusion du Handicap » leur ont présenté les opportunités de volontariat, les aménagements raisonnables mis en place au sein du système onusien, ainsi que les mécanismes de protection contre l’exploitation et les abus sexuels (PSEA).
E.V
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