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Rédigé par 6 h 48 min Athlétisme, Sport

Portrait / Athlétisme : “Mon rêve est d’offrir au Togo sa première médaille…” Judith Akouvi Koumedzina

Elle se souvient également avec fierté de la médaille d’argent obtenue en 2026 lors de la compétition en salle de la Big Sky Conference,

Judith Akou Koumedzina

Depuis les États-Unis, elle fait la fierté du Togo sur les pistes d’athlétisme. Judith Akouvi Koumedzina, sprinteuse de haut niveau et détentrice des records nationaux togolais sur 60 m en salle, 100 m et 200 m, incarne aujourd’hui l’espoir d’une nouvelle génération d’athlètes togolaises.

Derrière les chronomètres et les médailles se cache pourtant une histoire de courage, de sacrifices et de persévérance. Une trajectoire construite contre les doutes, les blessures et les préjugés liés au sport féminin.

« Le début n’a pas été facile », confie-t-elle. « Mes parents, surtout mon père, n’étaient pas vraiment favorables à cause des rumeurs autour du sport féminin. Mais mes coaches ont essayé de le convaincre et mes performances ont parlé pour moi. »

Judith Akou Koumedzina

Judith Akou Koumedzina

Une découverte qui change une vie

Tout commence au stade de Kégué, à Lomé. Un samedi matin ordinaire qui va changer sa vie. Venue simplement faire du sport, Judith découvre par hasard une compétition d’athlétisme. Fascinée, elle ose approcher un entraîneur pour demander à participer.

« J’ai fait les 600 mètres… j’ai failli mourir », raconte-t-elle en souriant. « Mais après cette course, le coach a vu un potentiel en moi et il m’a encouragée à revenir aux entraînements. »

Ce qui n’était qu’une curiosité devient rapidement une passion. Puis une vocation. Au contact d’athlètes étrangers venus s’entraîner au Togo, la championne Judith prend progressivement conscience de ses capacités.

« Quand je concourais avec d’autres nationalités, mes performances n’étaient pas loin des leurs. Après eux, j’étais la meilleure des filles togolaises. C’est comme ça que j’ai pris confiance. »

Des records qui marquent l’histoire

Très vite, les résultats suivent. Sur le plan national, Judith Akouvi accumule les titres et les médailles d’or sur 100 m et 200 m. À l’international, elle décroche notamment une médaille d’argent aux Championnats régionaux U20 au Niger en 2019.

Puis, en 2026, lors de l’Inland NW Invitational à Spokane aux États-Unis, elle marque un tournant dans l’histoire de l’athlétisme togolais en établissant de nouveaux records nationaux :

  • 60 mètres en salle : 7.48 secondes, nouveau record national et record personnel ;
  • 200 mètres : 23.96 secondes, nouveau record national et record personnel

Avec cette performance, elle devient la première femme togolaise à courir le 200 mètre en moins de 24 secondes.

La sprinteuse garde également un souvenir marquant des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Buenos Aires, où elle réalise le record togolais U18 du 200 mètres.

Elle se souvient également avec fierté de la médaille d’argent obtenue en 2026 lors de la compétition en salle de la Big Sky Conference, une distinction qui vient confirmer sa régularité et son évolution dans sa discipline.

« Tous mes exploits sont significatifs pour moi parce que ce sont des objectifs que je m’étais fixés. Chaque fois que je les accomplis, je suis satisfaite et reconnaissante. »

Comme beaucoup de jeunes athlètes, la Togolaise puise son inspiration auprès de grandes figures du sport mondial. La Jamaïcaine Shelly-Ann Fraser-Pryce a longtemps été son modèle. Elle admire également Simone Biles, dont elle salue la force mentale et la capacité à repousser les limites.

Les blessures, puis la renaissance

Mais derrière les performances se cache aussi une réalité plus difficile : celle des blessures répétitives. Pendant plusieurs années, la sprinteuse Judith traverse une période compliquée qui fragilise sa progression.

Grâce aux soins médicaux, au travail quotidien et au soutien de ses proches, elle retrouve progressivement son meilleur niveau.

« La résilience, la foi, le travail et les soins médicaux ont permis tout ce qui se passe aujourd’hui. Je rends grâce à Dieu de pouvoir enfin m’exprimer pleinement sur la piste. »

Judith Akou Koumedzina

Judith Akou Koumedzina

Une discipline de tous les jours

Aujourd’hui étudiante aux États-Unis, Judith Koumedzina mène une vie entièrement rythmée par la discipline. Entre les cours, les entraînements, la musculation, la récupération et les compétitions, chaque journée est minutieusement organisée. Une rigueur qui implique également de nombreux sacrifices personnels.

« J’ai manqué beaucoup d’activités familiales ou entre amis. Mes amis me disent souvent : “Tu n’es jamais disponible.” Mais quand on veut atteindre le haut niveau, il faut parfois fermer certaines fenêtres pour rester focalisé. »

Et ses ambitions sont immenses. La sprinteuse Koumedzina Judith ne rêve pas seulement de participer aux Jeux Olympiques : elle veut marquer l’histoire du sport togolais.

« Mon rêve, c’est de devenir la première femme togolaise à gagner une médaille olympique en athlétisme. Je sais que mon pays mérite ça et je me dis toujours que ceux qui réussissent n’ont pas deux têtes. Je sais que j’ai le potentiel pour le faire. »

Inspirer la jeune génération

Au-delà de ses propres performances, la sprinteuse souhaite également contribuer au développement du sport féminin au Togo et lutter contre les stéréotypes.

« Beaucoup disent encore que le sport rend les femmes trop musclées ou empêche de fonder une famille. Ce sont des préjugés qui empêchent des filles de se lancer. Pourtant, le sport permet de s’épanouir et de découvrir son potentiel. »

Et si elle veut écrire sa propre histoire, la détentrice des records nationaux indoor, Judith Koumedzina souhaite aussi ouvrir la voie aux jeunes filles togolaises et leur adresser un message d’espoir et de persévérance :

« Peu importe d’où vous venez ou les difficultés que vous traversez, croyez-en vous et travaillez dur. Rien n’arrive facilement, mais avec la discipline, la patience et la foi, on peut accomplir de grandes choses. Il ne faut jamais abandonner ses rêves à cause des critiques ou des obstacles. »

Aujourd’hui, animée par une conviction profonde, Judith Akou Koumedzina estime que représenter le Togo reste sa plus grande fierté.

Propos recueillis et retranscrits par E.V.

Crédit photo : D.R

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